Si le rapport de force entre pigistes et employeurs apparaît au Québec comme une source de potentiels conflits, pour cause de contrats aux conditions parfois douteuses, en France, les lois qui protègent les journalistes font florès. Mais qu'en est-il concrètement? Audrey Desrochers a posé la question à Michel Arseneault, un journaliste québécois installé dans l'Hexagone.

Par Audrey Desrochers – texte originellement paru dans le bulletin L'Indépendant de l'AJIQ

Si le rapport de force entre pigistes et employeurs apparaît au Québec comme une source de potentiels conflits pour cause de contrats aux conditions parfois douteuses, en France, les lois qui protègent les journalistes font florès. Mais qu'en est-il concrètement? L'opinion de Michel Arseneault, journaliste québécois installé dans l'Hexagone.

Il y a quelques années, le journaliste Michel Arseneault a ouvert le journal Le Monde. Il y a découvert son nom, fortuitement, dans une publicité duManière de voir, une revue qui s'apparente à un hors série du Monde diplomatique – mais qui reste tout même une publication distincte. Dans les faits, M. Arseneault avait publié un article sur les Légionnaires du Christ dans le Monde diplomatique qui a repris l'enquête pour Manière de voir, sans la permission du journaliste.

Selon les lois françaises, il est interdit de reprendre un article sans d'abord demander à son auteur.  Après quelques discussions infructueuses avec le rédacteur en chef du Monde diplomatique, M. Arseneault a dû brandir l'article de loi pour finalement faire valoir ses droits.

Le prix à payer

La morale de l'histoire? Il faut se bagarrer. «Même si en France les lois sont, en théorie, du côté du pigiste, dans les faits, il lui appartient de négocier ce qu'il doit faire», soutient M. Arseneault, avant d'ajouter qu'il reste essentiel de soigner les relations humaines et de privilégier un dialogue ouvert entre pigistes et employeurs.

Parce qu'au Québec comme en France, il y a toujours un prix à payer pour faire valoir ses droits. Lorsqu'on pousse trop la négociation ou «qu'on se balance des textes de loi par la tête, ça finit toujours par laisser une mauvaise impression…» Michel Arseneault avoue d'ailleurs que cet incident l'a «en quelque sorte grillé» auprès du Monde diplomatique.

Il a donc rapidement compris «qu'il ne faut pas trop attendre des lois qui favoriseraient les pigistes – comme il en existe en France – parce que le rapport entre le média et le journaliste reste un rapport de force».

Gagner sa croûte en France

Comme la plupart des journaux de l'Hexagone sont faits par des salariés, y gagner sa vie comme pigiste relève pratiquement de l'exploit. Il faut trouver des sujets «très très originaux», avoue M. Arseneault.

Une autre option s'impose toutefois de plus en plus en France: lespureplayers, ces médias 2.0 qui n'offrent qu'une version web, comme Rue8 9ou Mediapart. Ces sites d'information, souvent à cheval entre un journalisme participatif et un certain militantisme, ouvrent leurs portes toutes grandes aux pigistes. «[Ces médias] publient toutefois toutes sortes de choses qui ne relèvent pas nécessairement du journalisme (vidéo, entrevue, etc.) et finalement ils ne payent pas grand-chose», déplore le Français d'adoption.

Michel Arseneault compare la pige à une partie de cartes. Mieux vaut avoir de bonnes cartes, mais reste qu'il faut savoir comment les jouer. La loi française crée l'illusion de la facilité, «mais elle n'est pas l'atout qui réglera tous les problèmes». Un dernier conseil? «La seule façon de faire vraiment valoir ses droits, ce n'est pas tant de grogner. C'est de faire du bon travail…»

 

 

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