Les grands éditeurs de journaux de la planète se sont donnés rendez-vous au début du mois à Bangkok (Thaïlande) à l’occasion de leur soixante-cinquième congrès. Un événement placé sous le signe des solutions émergentes et des nouveaux modèles d’affaires, dans un contexte de morosité financière. Revue de détails.

Les grands éditeurs de journaux de la planète se sont donnés rendez-vous au début du mois à Bangkok (Thaïlande) à l’occasion de leur soixante-cinquième congrès. Un événement placé sous le signe des solutions émergentes et des nouveaux modèles d’affaires, dans un contexte de morosité financière. Revue de détails.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Mur payant vs gratuité

De plus en plus de journaux en viennent aux mur payant. Derniers en date, le Washington Post et l’allemand Bild. À Bangkok, le Globe and Mail est venu partager son succès avec les autres éditeurs et journalistes présents. Règle numéro un: ne pas s’excuser auprès de ses lecteurs. «Les murs payants fonctionnent s’il y a du contenu exceptionnel derrière car il y aura toujours un lectorat pour le bon journalisme», estime son rédacteur en chef, John Stackhouse.

S’il a d’abord perdu des lecteurs du fait du départ de ceux qui arrivaient là par hasard, le Globe and Mail assure avoir, un  an après la mise en place du mur payant, plus de lecteurs sur internet que pour son édition papier. «Les lecteurs qui paient sont plus engagés, ils consomment plus de contenus et restent plus longtemps, poursuit M. Stackhouse. En contrepartie, il faut les nourrir plus souvent et s’adapter à leur rythme. Nous avons remarqué une augmentation de l’activité en milieu de journée, nous faisons en sorte de publier des reportages exclusifs à ce moment-là.»

Mais le paywall ne peut être une solution pour tous, selon Justin Arenstein, conseiller en stratégie des médias: les journaux dont la priorité est de proposer du contenu rare peuvent se le permettre, mais ceux qui sont centrés sur la nouvelle devront plutôt chercher à élargir leur audience pour attirer la publicité.

Travail collaboratif

Le journaliste travaille souvent en solitaire ou avec d’autres journalistes sur des enquêtes de plus longue haleine. Il s’alloue les services d’un réseau d’informateurs dans divers domaine, mais à l’heure du décryptage des informations et de l’écriture, il se retrouve seul à sa table de travail. Cette manière de faire est sans doute révolue. L’enquête sur les paradis fiscaux a démontré à quel point la collaboration entre des journalistes et des spécialistes des nouvelles technologies, partout dans le monde, peut être efficiente.

«Faites ce que vous savez faire de mieux et linkez le reste, recommande quant à lui, Jeff Jarvis, journaliste américain et consultant pour l’industrie des médias. Inutile de réécrire une histoire de 500 mots qui se trouve déjà ailleurs sur internet. Pensez à votre réelle plus value.»

Selon lui, de nombreux autres joueurs font maintenant partie de l’écosystème: blogueurs, journalistes citoyens et toute entreprise opérant en ligne. «Nous ne pouvons plus être isolés, affirme-t-il, suggérant que des journalistes de différents journaux collaborent ensemble, ainsi qu’avec leurs lecteurs et même avec des gouvernements, si ceux-ci sont susceptibles de fournir du matériel intéressant.

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Vérification des informations

Dans un contexte de multiplication des sources d’informations, et alors que le lecteur ne cherche pas forcément à être informé mais l’est via ses réseaux sociaux, l’une des forces des médias traditionnels réside dans la vérification des informations. Les photos, vidéos et faits qui font le tour du monde en quelques secondes sont-ils ce qu’ils prétendent être? La vérification des informations par le croisement des sources est la base du métier de journaliste depuis toujours mais elle devient encore plus essentielle aujourd’hui.

Journalisme de données

La  nouvelle se retrouve partout sur internet. Plus besoin de journalistes pour la donner telle quelle. L’approfondir, l’éclairer, la replacer dans un contexte et la mettre en abîme, voilà qui peut intéresser le lecteur et l’amener à payer. À Bangkok, Justin Arenstein a mis en lumière huit enquêtes journalistiques partout dans le monde, menée grâce à l’analyse de données.

Exemple parmi d’autres, le Washington Post, qui dans un dossier intitulé Top secret America, révèle, infographie à l’appui, combien coûte réellement à chaque Américain, la lutte contre le terrorisme depuis le 11 septembre 2001. «Dans un journal papier, vous n’auriez pas la place pour ce genre de format, explique Justin Arenstein. Internet offre l’avantage du dynamisme. Google appelle cela des histoires vivantes.»

Dans le même ordre d’idée, le concept selon lequel les papiers doivent être courts sur internet, semble révolu. Le Snow Fall du New-York Times a montré la voix à de nouvelles formes de reportages typiquement préparés pour être publiés sur Internet. Un exemple qui démontre qu’en utilisant le meilleur des nouvelles technologies – vidéos, animations, infographie, diaporamas, sons, etc. – il est possible de faire lire un dossier de 17 000 mots à presque trois millions d’internautes.

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