Par Michel Munger

Chroniqueur dans les pages éditoriales de La Presse, Alain Dubuc est un vétéran du journalisme économique. Il a reçu un Prix Carrière décerné par l'Association des économistes québécois le 1er février. ProjetJ l'a interviewé pour recueillir ses réflexions sur les progrès réalisés par le milieu au cours des dernières décennies.

Par Michel Munger

Chroniqueur dans les pages éditoriales de La Presse, Alain Dubuc est un vétéran du journalisme économique. Il a reçu un Prix Carrière décerné par l'Association des économistes québécois le 1er février. ProjetJ l'a interviewé pour recueillir ses réflexions sur les progrès réalisés par le milieu au cours des dernières décennies.

Comme vous êtes fils de journalistes, l'idée de vous lancer dans la profession devait être naturelle. Pourquoi vous orienter vers l'économie?

J'ai étudié en économétrie à l'Université de Montréal et, en fin de maîtrise, j'ai réalisé que je n'avais pas la patience de faire un doctorat. J'étais attiré par le journalisme économique grâce à ma famille et à mes années de militant d'extrême gauche. Je me sentais à l'aise avec le secteur. L'élément qui accaparait notre énergie était de nous imposer comme médias économiques, car les francophones lisaient des journaux comme The Gazette. Il y avait aussi une grande composante d'éducation. Je voulais faire comprendre l'importance et les rouages de l'économie aux Québécois. Il s'agissait d'une prise en charge. Nous vivions encore la Révolution tranquille. C'était naïf, militant et motivant.

Si l'on prend du recul, avons-nous réussi à susciter cet intérêt?

Oui. Une littératie s'est installée. Les Québécois s'appropriaient leur économie en tant que propriétaires de maisons et actionnaires. Le niveau du débat public n'a rien à voir avec ce qui se passait auparavant. La couverture s'est aussi généralisée. À l'époque, il y avait seulement La Presse et Les Affaires. J'aime voir les chaînes RDI et Argent parler d'économie. J'ai toutefois du mal avec le concept de l'information en continu. Nous devenons des courroies de transmission, avec un recul insuffisant. Il faut faire moins de placement et plus d'économie. Occupons-nous de productivité, d'emploi et d'innovation, plutôt que des fluctuations du Dow Jones.

Les journaux sont-ils seuls à pouvoir faire un journalisme de qualité?

Non, mais la tentation de l'instantané est plus grande à la télévision et sur Internet. La presse écrite a le défaut d'arriver le lendemain matin, mais ça lui donne quelques heures de plus pour réfléchir.

Vous dites que la littératie a progressé, mais le banquier Jacques Ménard a dirigé un groupe de travail qui voit encore du boulot à abattre.

Ce n'est pas une question d'ignorance. Le débat est comparable à celui sur l'alimentation. Les connaissances en diététique ne sont pas toujours appliquées intelligemment. Le comportement de bien des gens demeure irresponsable en matière d'épargne. Les bons choix sont difficiles à faire. C'est plate d'épargner. Le placement et la consommation sont plus stimulants.

Un mémoire de maîtrise déposé à l'UQAM critique le journalisme économique québécois, en notamment en comparant La Presse avec le Globe and Mail. Les médias québécois ont-ils un retard à rattraper?

Je crois qu'il s'agit d'un problème de moyens. D'une certaine façon, on compare un nain avec un géant. Le Globe and Mail est un journal pancanadien qui s'est bâti sur ses pages économiques. Nous avons moins d'espace et de ressources. Nos publications parlent plus du Québec. Si nous voulons une information pancanadienne et internationale complète, nous pouvons aller ailleurs. Ce n'est pas une critique envers La Presse de lire le Globe and Mail, The Economist et le Financial Times.

La couverture économique prend souvent de l'ampleur en temps de crise, comme en 2008, pour s'amoindrir par la suite. A-t-on besoin d'événements négatifs pour rappeler son importance?

L'ambiance de crise n'est pas sereine. Nous répétons les mêmes nouvelles jusqu'à ce que ça crée un stress. En 2008, nous traitions la crise à travers les yeux des marchés. Nous étions pris dans un cycle de dramatisation. L'information est meilleure en période de calme relatif. Il faut prendre du recul et accepter d'être un peu plate. C'est difficile à faire, mais c'est une bonne chose.

Comment abordez-vous l'avenir? Quelle est la place du journalisme économique?

Je ne suis pas du tout inquiet. On ne se demande plus s'il faut investir en information économique. Le besoin est fondamental et la clientèle existe. Nous abattons les barrières. Claude Beauchamp est le père de l'information économique au Québec. Quand il a commencé son oeuvre, il y avait une lutte à mener mais des progrès considérables ont été effectués en 35 ans.

 

Michel Munger est journaliste web au Canal Argent et membre du comité éditorial de ProjetJ.

 

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