Le torchon brûle à la Fédération
professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) depuis qu’elle a
réduit la fréquence de parution de son magazine, le Trente,
et supprimé le poste de son rédacteur en chef adjoint, Patrick
Déry. Confrontée à des difficultés financières, la fédération
explique avoir été forcée de mettre la hache dans sa revue par
manque d’argent. Des justifications pécuniaires qui ne tiennent pas,
selon Patrick Déry. Il remet en doute les calculs de l’organisme et
l’accuse de vouloir museler une publication réputée pour son
indépendance.

Le torchon brûle à la Fédération
professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) depuis qu’elle a
réduit la fréquence de parution de son magazine, le Trente,
et supprimé le poste de son rédacteur en chef adjoint,
Patrick
Déry. Confrontée à des difficultés financières, la fédération
explique avoir été forcée de mettre la hache dans sa revue par
manque d’argent. Des justifications pécuniaires qui ne tiennent pas,
selon Patrick Déry. Il remet en doute les calculs de l’organisme et
l’accuse de vouloir museler une publication réputée pour son
indépendance.

Fondé en 1976, le Trente a
toujours bénéficié d’une indépendance éditoriale vis-à-vis de
la FPJQ. Bien qu’elle en soit l’éditeur, la fédération n’est en
effet jamais intervenue dans le contenu du magazine et s’y est
d’ailleurs vue ouvertement critiquée plus d’une fois au fil des ans.
Cependant, pour Patrick Déry, rédacteur en chef adjoint depuis
2006, la donne a changé il y a quelques mois. Il explique qu’au
cours de la dernière année, à mesure que la fédération perdait
des membres, ses dirigeants avalaient de moins en moins la critique.

Entre
2009 et 2010, le membership de la FPJQ a en effet diminué. Au terme
de l’année financière 2010, les cotisations des membres s’élevaient
à 198 123 dollars, alors qu’elles étaient de 205 027 dollars à la
fin de 2009. Pour Patrick Déry, cette décroissance est directement
liée au fait qu’il se soit fait «passer un savon» en novembre
dernier pour avoir signé une chronique critiquant la position de la
FPJQ dans la controverse opposant Quebecor à la Tribune
parlementaire.

Pourtant,
Jonathan Trudel, rédacteur en chef du Trente
de début 2010 à début 2011, a témoigné de l’indépendance de la
revue dans le numéro de janvier dernier, le dernier qu’il a dirigé
avant de démissionner suite aux compressions: «Certains
chroniqueurs ont présenté, à tort, le Trente
comme le magazine de la FPJQ. Le Trente
est publié par la FPJQ, mais il est indépendant. Le président de
la Fédération prend connaissance de son contenu en même temps que
n’importe quel abonné. (…) Le Trente n’est pas un bulletin
syndical, ni patronal.»

Le
devoir de réserve

«L’indépendance
du Trente est complète, elle est même d’une ampleur rare au Québec,
et il n’est pas question que ça change», insiste Brian Myles, le
président de la fédération. En vertu de cette indépendance, le
rédacteur en chef de la revue a la pleine liberté de signer des
textes critiques à l’égard de la FPJQ. Toutefois, ce principe ne
s’appliquait pas au rédacteur en chef adjoint, précise Brian Myles.
Salarié de la fédération travaillant quatre jours par semaine
dans ses bureaux, donc ayant accès à des informations
confidentielles, le rédacteur en chef adjoint avait un devoir de
réserve qui lui empêchait de critiquer lui-même son employeur.

Patrick
Déry remet en doute ce «devoir de réserve». «L’indépendance
rédactionnelle du Trente
ne s’appliquerait pas au seul employé permanent du magazine, qui
discute et décide des sujets, commande des textes, édite des
textes, décide des titres et de la une et révise les maquettes?
N’importe quoi!», proteste-t-il arguant que ce devoir ne lui avait
jamais été spécifié.

Le
devoir de réserve fait pourtant partie des responsabilités de la
presse au Québec telles qu’édictées par le Conseil de presse:
«Afin de
préserver leur crédibilité professionnelle, les journalistes sont
tenus à un devoir de réserve quant à leur implication personnelle
dans diverses sphères d’activités sociales, politiques ou autres
qui pourrait interférer avec leurs obligations de neutralité et
d’indépendance.»

Quoi
qu’il en soit, Brian Myles se défend d’avoir réduit la fréquence
de parution du Trente et d’avoir supprimé le poste de rédacteur en
chef adjoint pour museler la publication. «Le seul questionnement politique que
nous avons eu était quelle est “la mission de la FPJQ?” et
non “le Trente nous nuit-il?”. Notre conclusion est que
notre mission première n’est pas d’éditer un magazine, mais de
défendre les droits des journalistes et la liberté de presse. Nous
avons dû faire un choix pour assurer la santé financière de la
fédération.»

Voir aussi:

Idée: Quand la FPJQ fait dans la propagande

Idée: La FPJQ réplique à l’ex-rédacteur en chef adjoint du Trente

Le Trente n’échappe pas à la crise

Trente: le rédacteur en chef claque la porte

Crise au Trente: la grogne monte

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