À l'occasion du 125e anniversaire de l'hôtel du Parlement et du 140e anniversaire de la Tribune de la presse, l'Assemblée nationale du Québec accueillait cette semaine le Colloque sur la démocratie, les députés et les médias. En ouverture de colloque, l'intellectuel français Jacques Attali, a brossé un portrait sombre de l'état de l'information, des médias et de la démocratie. S'il a lancé plusieurs pistes de solutions qui appelaient les parlementaires à agir pour réguler et soutenir le quatrième pouvoir, les élus qui ont pris la parole au cours des différents ateliers étaient eux plus enclins à la critique qu'à la résolution de problèmes.

À l'occasion du 125e anniversaire de l'hôtel du Parlement et du 140e anniversaire de la Tribune de la presse, l'Assemblée nationale du Québec accueillait cette semaine le Colloque sur la démocratie, les députés et les médias. En ouverture de colloque, l'intellectuel français Jacques Attali, a brossé un portrait sombre de l'état de l'information, des médias et de la démocratie. S'il a lancé plusieurs pistes de solutions qui appelaient les parlementaires à agir pour réguler et soutenir le quatrième pouvoir, les élus qui ont pris la parole au cours des différents ateliers étaient eux plus enclins à la critique qu'à la résolution de problèmes.

En droite ligne avec la récente analyse menée par le Centre d'études sur les médias de l'Université Laval au sujet de la consommation et l'évaluation des médias par les parlementaires, la ministre Christine St-Pierre, et ses adversaires de l'opposition Bernard Drainville, et Gérard Deltell, trois anciens journalistes, ont tous déploré que les médias rendent mal compte de la complexité des enjeux auxquels ils font face en tant qu'élus et ne rendent pas justice à leur travail. «Comme député, je pense contribuer davantage à l'intérêt public que je le faisais comme journaliste, mais ça passe inaperçu», s'est plaint Bernard Drainville.

Toutefois, s'il se méfie aujourd'hui de ses anciens collègues, «parce qu'on ne joue pas dans la même équipe» et que «la définition du off the record n'est pas la même pour tout le monde», l'ancien reporter de Radio-Canada s'inquiète du rythme de travail infernal auquel ils sont soumis. Selon lui, à cause du multiplateforme, les professionnels des médias sont «poussés à bout». «On condamne les journalistes à surfer sur l'actualité sans jamais réfléchir. Si ça continue comme ça, ça va les mener tout droit au burn-out», a dénoncé lui aussi le chroniqueur et coordonnateur politique du Soleil, Gilbert Lavoie.

Plusieurs ont pointé du doigt les chaînes d'information en continu et les nouvelles technologies, dont les réseaux sociaux, qui créent un public «en déficit d'attention», selon le professeur Jean Charron du département d'information et de communication de l'Université Laval. Mais Jacques Attali a plutôt lié cette «tyrannie de la nouveauté» à l'économie de marché et à l'apologie des libertés individuelles. Selon lui, face à la pression de l'individualisme, le service public s'étiole et l'intérêt populaire pour la démocratie en fait tout autant. Les médias, quant à eux, s'enferment dans des créneaux étroits, l'information spectacle et le divertissement.

Ainsi, l'opinion, peu coûteuse et divertissante, prend le pas sur le journalisme d'information. On s'oriente vers un journalisme qui «met en valeur le regard sur les faits» et qui bien souvent «ne respecte pas les principes élémentaires d'éthique», a déploré Jean Charron. Au chapitre éthique, Gilbert Lavoie s'est d'ailleurs inquiété de l'impact des intérêts commerciaux des entreprises de presse sur le travail journalistique et l'information. Dans la même veine, Jacques Attali s'est montré méfiant à l'égard des actionnaires de presse, «des êtres bizarres» qui sont soit des mécènes, soit des individus ayant un agenda caché. Or, «les gens ne font pas toujours la différence entre les journalistes professionnels et les commentateurs intéressés», s'est inquiété Christine St-Pierre.

Les journalistes et leurs patrons ne sont cependant pas les seuls à blâmer, selon Gilbert Lavoie. Face à eux, «de plus en plus de politiciens se sentent obligés de nourrir la bête» et se présentent devant les caméras mal préparés, autant quand il s'agit de réagir à l'actualité que d'annoncer une nouvelle, comme la commission d'enquête Charbonneau. Les gouvernants nuisent également à la qualité de l'information et à la démocratie en restreignant l'accès à l'information, ont dénoncé la professeure Anne-Marie Gingras, du département de science politique de l'Université Laval, et la commissaire à l'information du Canada, Suzanne Legault.

Pour éclairer ce sombre état des lieux, Anne-Marie Gingras a proposé que la transparence soit insérée dans la philosophie de gestion publique, car «elle doit venir d'en haut pour être fonctionnelle». Pour y parvenir, Suzanne Legault a prôné un renforcement de l'éducation critique pour que s'organise un activisme civique continu et soutenu. Elle a également recommandé que journalistes et parlementaires s'engagent à défendre ce droit fondamental qu'est le droit à l'information en luttant pour «le cadre législatif et administratif qui facilite la recherche de la vérité». Jacques Attali a souligné pour sa part qu'à titre de «bien public», l'information devrait être financée par l'impôt. Il a aussi plaidé pour que l'on mette un frein à la concentration de propriété médiatique en renforçant les lois sur la concurrence dans l'industrie des médias, car «il n'y a pas de démocratie, sans concurrence équitable».

 

 

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