Par Hugo Prévost

Alors que la profession journalistique subit toujours les contrecoups de la crise des médias amorcée il y a déjà plusieurs années, l’Université de Montréal a décidé d’entrer dans le club sélect des universités québécoises offrant un programme de deuxième cycle en journalisme, rejoignant ainsi l'Université Concordia et l’Université Laval.

Par Hugo Prévost, pieuvre.ca

Alors que la profession journalistique subit toujours les contrecoups de la crise des médias amorcée il y a déjà plusieurs années, l’Université de Montréal a décidé d’entrer dans le club sélect des universités québécoises offrant un programme de deuxième cycle en journalisme, rejoignant ainsi l'Université Concordia et l’Université Laval.

Alors que ces deux institutions offrent des programmes de maîtrise, la Faculté des arts et sciences et la Faculté de l’éducation permanente de l'UdeM préfèrent pour l’instant s’en tenir à un DESS, un diplôme d’études supérieures spécialisées, afin d’apporter un plus au certificat en journalisme déjà offert à l’éducation permanente. Selon les estimations de l’université, le nouveau programme de 30 crédits pourrait voir le jour dès l’automne 2012, à condition que l’ensemble du cursus soit établi de façon définitive.

Avant d’officialiser la mise en place de son programme, l’UdeM a organisé un groupe de discussion réunissant un ensemble de spécialistes du journalisme, mais également des journalistes professionnels et des anciens de son certificat en journalisme. Brian Myles, le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et journaliste du Devoir, Claude Deschênes de Radio-Canada, Isabelle Maréchal du 98,5 FM, Tristan Malavoy Racine, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Voir, Pierre Sormany, professeur au certificat et auteur de l’ouvrage de référence Le métier de journaliste, en plus de trois anciens du programme et des responsables facultaires, dont Robert Maltais, directeur du programme de journalisme de l’UdeM, ont participé à la réflexion.

Le programme de DESS, dans sa forme actuelle, comprendrait quatre blocs représentant un total de 10 cours qui seraient répartis en trois sections: deux blocs de cours de formation en journalisme, tout d’abord, puis des cours d’autres programmes, et enfin trois activités d’intégration qui comprendraient des stages, des travaux dirigés, ainsi qu’un projet journalistique. Si l’université dit avoir pris note des «grandes transformations du milieu des médias» dans l’élaboration de son programme, les personnalités invitées n’ont toutefois pas semblé satisfaites du contenu de celui-ci.

Jugé trop général par les uns, trop imprécis par les autres, voire qualifié de «certificat plus», les cours offerts sont loin de faire l’unanimité. On retrouve, dans ce cursus préliminaire, des cours sur les médias et la politique, sur la communication et le journalisme, ou encore «la presse écrite et en ligne», «la presse audiovisuelle» et «le cybermagazine». «C’est exactement la même formule que pour le certificat, ce sont des cours généraux, pas du tout adaptés à la nouvelle réalité du journalisme tel qu’il se pratique aujourd’hui», s’est exclamé Pierre Sormany.

Un programme et une clientèle à définir

Pour Brian Myles, le programme doit «déterminer quel est son public». Selon le président de la FPJQ,«aucun journaliste d’expérience ne voudra s’inscrire à ce programme, vous n’attirerez que des gens ayant un baccalauréat dans une autre spécialité, des gens qui n’auront sans doute pas obtenu le certificat en journalisme», une position partagée par les trois anciens du programme, qui cumulent tous au moins deux ans d’ancienneté en milieu professionnel.

Les autres intervenants abondent aussi dans le même sens, soulignant «l’extrême vélocité» du marché de l’emploi dans le domaine, en plus de «l’éclatement des formes traditionnelles des médias de masse». Exit, donc, les cours séparés sur les diverses formes de journalisme, tel que suggéré dans le bloc B du projet de programme.

Brian Myles a aussi suggéré de mettre en place une structure permettant, à terme, aux étudiants du programme de produire véritablement du contenu journalistique de qualité et de diffuser celui-ci sur Internet. Selon lui, il faut «permettre aux étudiants de fouiller, un endroit où les journalistes peuvent travailler», avant d’ajouter que les grands médias n’avaient plus nécessairement la capacité d’accueillir des stagiaires et de les encadrer correctement pour en faire de bons journalistes une fois l’école terminée. (citation modifiée post-publication – 6/10/11) «D’une classe de finissants du baccalauréat en journalisme de l’UQAM, il y en a peut-être un ou deux qui peuvent être pleinement fonctionnels et autonomes dans une salle de rédaction. Les autres sont comme des oisillons tombés du nid», note celui qui est également chargé de cours dans cette université du centre-ville montréalais.

Pierre Sormany, de son côté, propose d’ajouter des cours de gestion financière et gestion de personnel au programme, histoire de donner les capacités aux finissants de diriger leur propre média par la suite, ou de grimper rapidement les échelons de leur lieu d’emploi, alors que les structures évoluent très rapidement. La question de l’éthique et de la déontologie était également au cœur des préoccupations des participants, qui ont fortement suggéré cet ajout au programme. Le certificat en journalisme n’offre actuellement pas de formation spécifique sur la question.

Au final, les autorités facultaires ont pris note des suggestions des participants, et proposeront certainement un programme révisé dans les semaines ou les mois à venir. En attendant, l’idée d’une formation de journalisme de deuxième cycle à l’Université de Montréal poursuit son chemin.

 

 

[node:ad]