Alors qu’en France, les mauvais chiffres de la presse écrite ne cessent d’inquiéter les éditeurs, voilà qu’une étude menée par les étudiants en maitrise de l’Institut de journalisme Bordeaux-Aquitaine (IJBA) conclut que «la baisse des ventes papier est aujourd'hui largement compensée par l'augmentation phénoménale des audiences sur le net. La presse ne perd pas de lecteurs, elle en gagne!» De quoi mettre fin au climat de morosité ambiante?

Alors qu’en France, les mauvais chiffres de la presse écrite ne cessent d’inquiéter les éditeurs, voilà qu’une étude menée par les étudiants en maitrise de l’Institut de journalisme Bordeaux-Aquitaine (IJBA) conclut que «la baisse des ventes papier est aujourd'hui largement compensée par l'augmentation phénoménale des audiences sur le net. La presse ne perd pas de lecteurs, elle en gagne!» De quoi mettre fin au climat de morosité ambiante?

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Pas si sûr, à en croire Daniel Giroux, professeur-chercheur au département d’information et communication de l’Université Laval. Selon lui, la méthodologie employée par ces étudiants est déficiente.

«Dans leur étude, le tirage des journaux est comparé aux lecteurs du web. Or on sait bien que le papier n’est pas lu par une seule personne. De plus, les étudiants ne tiennent compte que des grands titres nationaux et régionaux. Ils n’intègrent pas les gratuits, pourtant une partie de la baisse des tirages des quotidiens payants est allée vers eux. Ça ne veut pas dire que tout ce qu’ils racontent est faux, mais dire par exemple qu’il y a aujourd’hui plus de gens qui lisent les journaux via les nouvelles technologies plutôt que sur papier, me parait inexact.»

L’étude sur les usages des lecteurs de presse écrite, publiée sur la Fabrique de l’info, laboratoire de recherche en journalisme de données, porte sur six grands quotidiens français, à savoir Libération, Le Monde, Le Figaro, Sud Ouest, Ouest France et Le Parisien. Entre 2007 et 2012, leur tirage cumulé aurait ainsi baissé de 52 000 exemplaires, tandis que durant la même période, leurs sites internet et applications mobiles auraient enregistré une hausse de fréquentation exponentielle, passant de 445 000 visiteurs à plus de 2,7 millions!

2009, année charnière

Ainsi, en 2008, l’information des six titres du panel était lue à 53% sur un support papier, contre 47% pour les supports numériques (web, mobile et tablette). Un an plus tard, le numérique prenait le dessus: 62 % de la consommation d’information était réalisée sur un écran. En 2012, c’est carrément 81% de la consommation d’information qui est numérique. Ce à quoi Daniel Giroux ne veut pas croire.

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«C’est vrai qu’à partir de 2009, une partie des lecteurs de presse écrite s’en va vers le numérique, estime-t-il. On le voit aussi dans les chiffres que nous avons pour le Canada et le Québec. Reste qu’en 2012, 57% des lecteurs canadiens lisent encore uniquement la version imprimée. Et parmi les 43% qui consultent les sites web, seulement 11% n’achètent jamais un journal papier et ne s’informent que via les nouvelles technologies. 15% au Québec, 9% à Montréal. Nous sommes loin des chiffres de l’étude française et encore une fois, j’y vois plutôt une erreur de méthodologie qu’une véritable différence de comportements de part et d’autre de l’Atlantique.»

Les chiffres avancés par Daniel Giroux proviennent de l’étude annuelle pancanadienne menée par NADbank et portant sur le lectorat, quelle que soit la plateforme. On y note un certain abandon du papier ces dernières années mais pas aussi rapidement que ce que les analystes les plus pessimistes prédisaient.

Des heures sombres

Ainsi, 79% des Montréalais lisent au moins un quotidien par semaine, toute plate-forme confondue. C’est chez les 18-35 ans que l’on trouve une proportion plus importante de lecteurs qui n’utilisent que les nouvelles technologies, mais là encore, le chiffre plafonne à 30%.

«Il y a eu un effondrement des tirages au Canada, qui est en train de se stabiliser, commente Daniel Giroux. Effondrement que nous n’avons pas réellement connu au Québec. Je veux bien croire que la situation ne soit pas la même en France, la presse y est plus chère, il existe des quotas de publicité. Les médias imprimés français vivent certainement des heures bien plus sombres que les nôtres. Mais de là à dire que le salut se trouve sur internet, il y a un grand pas. D’autant que les revenus publicitaires sont loin de suivre pour le moment.»

Des heures très sombres assurément, quoi qu’en pensent les étudiants de Bordeaux. Le début de l’année 2013 a fait des ravages dans tous les grands quotidiens français. Le plus touché, Libération, a vu sa diffusion payante baisser de près de 17% au premier trimestre et flirte maintenant avec la barre des 100 000 exemplaires… Avec 413 000 exemplaires vendus chaque jour (-11%), Le Parisien reste le titre phare juste devant Le Figaro (334 000 exemplaires, -2,5%).