Le photographe Martin Chamberland et le journaliste Philippe Teisceira-Lessard, tous deux de La Presse, ont été arrêtés ce matin alors qu'ils couvraient l'intrusion d'étudiants dans le bureau de circonscription de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp. Conduits au poste, ils ont finalement été relâchés, mais la communauté journalistique est sous le choc.

Voir aussi: Perquisition au domicile d'un journaliste du JdeM et La liberté de presse: qui s'en soucie au Canada?

Le photographe Martin Chamberland et le journaliste Philippe Teisceira-Lessard, tous deux de La Presse, ont été arrêtés ce matin alors qu'ils couvraient l'intrusion d'étudiants dans le bureau de circonscription de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp. Conduits au poste, ils ont finalement été relâchés, mais la communauté journalistique est sous le choc.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) affirme avoir arrêté M.Teisceira-Lessard pour «introduction par effraction» dans les locaux de la ministre. Il a été libéré, mais les enquêteurs ont conservé son téléphone portable pour enquête. On ignore encore si des accusations seront portées contre lui.

M. Chamberland a pour sa part été arrêté à l'angle des rues Garon et Major avec une quinzaine d'autres personnes «lors d'un attroupement illégal», selon la police. Il a toutefois été relâché, son matériel photographique lui a été restitué et aucune accusation ne sera portée contre lui.

Sur son blogue, le chroniqueur Patrick Lagacé, de La Presse, réagit à l'arrestation de ses collègues. Selon lui, il est possible que les policiers aient pris M.Teisceira-Lessard pour un étudiant, étant donné son jeune âge. Son arrestation aurait donc été un simple malentendu. Mais dans le cas de M.Chamberland, «il n’y avait aucun malentendu possible», estime M.Lagacé.

Il s'inquiète pour la protection du matériel journalistique, se demandant si les photos de M.Chamberland ont été visionnées pour servir les intérêts policiers. Cette inquiétude est relayée par d'autres journalistes sur les réseaux sociaux. Plusieurs interpellent directement le SPVM sur Twitter, le pressant d'expliquer pourquoi du matériel journalistique a été saisi.

Le vice-président à l'information et éditeur adjoint de La Presse, Éric Trottier a vivement réagi. «Les journalistes de La Presse ne sont pas là pour faire le travail à la place des policiers, et les policiers ne doivent pas prendre prétexte d’une arrestation pour se servir de notre matériel afin de monter leurs enquêtes», déclare-t-il dans une note diffusée sur le blogue de M.Lagacé.

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Mise à jour 16h45:

En entrevue à Montréal Maintenant au 98,5FM, le responsable des relations avec les médias du SPVM, Ian Lafrenière, a expliqué que les enquêteurs avaient conservé le téléphone intelligent de M.Teisceira-Lessard afin de visionner les photos qu'il contient. Ce, dans le but de démontrer s'il a oui ou non «participé au crime». Mais le président de la FPJQ, Brian Myles, réplique que des preuves obtenues sans mandat, donc illégalement, sont de toute façon inutilisables devant un tribunal. Pour lui, les policiers ont manqué de «discernement» et ont procédé à «une saisie abusive». 

Mise à jour 17h00:

Tweet émis à 16h50:

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«Une atteinte grave à la liberté de presse»

Soulignant que «beaucoup trop de journalistes sont visés par la police ces derniers temps», M.Trottier juge que «ces arrestations sont une atteinte grave à la liberté de presse» et prévient que «La Presse ne se laissera pas faire sans réagir». «Chaque fois que des policiers s’en prennent à des journalistes qui font leur travail, ils commettent une entorse à la démocratie», écrit-il.

Ces arrestations surviennent dix jours après que la Sûreté du Québec ait finalement décidé de ne porter aucune accusation contre le journaliste Éric-Yvan Lemay du Journal de Montréal, dont le domicile a été perquisitionné le 15 mars et des effets personnels ont été confisqués. Une plainte avait été déposée contre lui à la suite de la publication récente d'une de ses enquêtes. Il y démontrait que des documents confidentiels étaient accessibles à tous et laissés sans protection dans les corridors de plusieurs hôpitaux.

Il y a deux mois, par ailleurs, les grandes rédactions québécoises se sont levées pour protester contre le déclenchement d'une enquête concernant «des allégations de divulgation d’informations confidentielles dans l’affaire de Ian Davidson». Bien que le directeur du SPVM, Marc Parent, ait assuré que cette enquête ne ciblait pas les journalistes, ceux-ci sont inquiets pour la protection de leurs sources et y voient une menace directe à leur travail.

Selon le Guide de déontologie de la Fédération professionnel des journalistes du Québec, «le matériel journalistique publié ou non (notes, photos, bandes vidéo, etc.) n'est destiné qu'à l'information du public. Il ne saurait être transmis par les journalistes aux instances qui veulent l'utiliser à d'autres fins. (…) Les journalistes ne sont pas des informateurs de la police. Ils ne dévoilent en cour que les informations qu'ils ont déjà rendues publiques dans leur média.»

Le Guide des droits et responsabilités de la presse du Conseil de presse ajoute que «les médias et les journalistes doivent être à l'abri de toute pratique ou intervention qui les empêche de s'acquitter de leur fonction dans la société».

 

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