METZ – «Au bout du rouleau» ou «en mode survie», ceux qui portent les médias de quartier en France en viennent au même constat: il est urgent de trouver du financement. Le président de l’association Journalisme et citoyenneté, Jérôme Bouvier, a invité ces médias de proximité à venir débattre de leur avenir aux 7e Assises internationales du journalisme et de l’information organisé à Metz au début du mois. Un atelier au sein duquel un projet commun a commencé à se définir.

METZ – «Au bout du rouleau» ou «en mode survie», ceux qui portent les médias de quartier en France en viennent au même constat: il est urgent de trouver du financement. Le président de l’association Journalisme et citoyenneté, Jérôme Bouvier, a invité ces médias de proximité à venir débattre de leur avenir aux 7e Assises internationales du journalisme et de l’information organisé à Metz au début du mois. Un atelier au sein duquel un projet commun a commencé à se définir.

Par Sarah Champagne, collaboratrice à Metz, journaliste indépendante

La démarche est née principalement d’un deuil, celui survenu après l’extinction de 180 radios communautaires (appelées «associatives» en France), lorsque l’État a retiré son aide publique. Suite à l’annonce de la liquidation du réseau des radios EPRA, un programme d’échange de productions radiophoniques, trois ministères ont fait appel à Jérôme Bouvier et à son association Journalisme et citoyenneté, pour qu’il mène une réflexion autour d’un projet alternatif.

La rencontre de Metz, qui a réuni une dizaine de représentants de médias, faisait donc écho aux propositions formulées dans le rapport Bouvier, déposé en juin dernier.  En plus de créer une commission nationale pour le soutien des médias de proximité et de la diversité, et de conserver les archives EPRA, Jérôme Bouvier propose de concevoir une plate-forme numérique commune et de mettre un lieu physique à disposition.

Cette volonté de rassembler davantage les médias communautaires n’est pas sans rappeler une des recommandations du rapport Payette, au Québec. En février 2011, Dominique Payette avait en effet suggéré de financer le réseautage de l’information produite par les médias communautaires, coopératifs et indépendants sur le site web de Télé-Québec. La réalisation de cette plateforme, dont le lancement était alors espéré pour septembre 2012, ne s’est toujours pas concrétisée.

Après le deuil, la renaissance

Assis autour de la même table à Metz, la dizaine de représentants des médias de quartier a pris acte de la mort des radios EPRA et connaissance des propositions de Jérôme Bouvier. Surtout, tous se sont entendus sur la pertinence de se regrouper pour être plus forts. Personne pour refuser l’initiative ou nier son utilité, l’état actuel de ces médias expliquant en grande partie l’ouverture et le volontarisme des différentes parties.

Des médias de «communication sociale de proximité», selon l’expression utilisée durant l’atelier, des médias à dimension humaine certes, mais à taille si réduite que «sortis leur micro-territoire, ils sont invisibles. Plus fragiles que les plus fragiles», souligne M. Bouvier en entrevue à Projet J.

Au lieu de «passer plus de temps à chercher de l’argent qu’à faire [son] véritable travail», Nordine Nabili et ses acolytes du Bondy Blog, souhaiteraient plonger dans l’aventure «avec la bonhommie qui est la [leur], et le sérieux qui [les] a toujours poussés à répondre ‘’présents’’». Le Bondy Blog, un média né des émeutes de 2005 pour parler des banlieues différemment, fait justement partie des initiatives les plus remarquées en France.  Pourtant, même connu et avec aujourd’hui des antennes dans d’autres quartiers populaires, le Bondy Blog est lui aussi arrivé à la fin d’un cycle.

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D’où cette idée d’une plateforme numérique, qui permettrait une visibilité nationale commune. Le leader actuel du dispositif, M. Bouvier, explique: «Il faut créer une marque suffisamment forte pour que les grandes rédactions puissent y trouver une référence.»

Être un, rester multiple

L’union fait la force, mais pas au point d’en perdre son individualité.  L’équilibre entre un média unique et un simple agrégateur mécanique est le principal enjeu ressorti des discussions.

Moïse Gomis, l’homme derrière Africultures, a particulièrement insisté sur l’importance de la diversité des voix: «On ne veut surtout pas gommer nos identités. Il ne faut pas réduire le nombre de structures pour ne pas réduire notre parole, déjà sous-exposée.»

À son tour de parole, Édouard Zambeaux, journaliste à Radio-France, spécialiste des quartiers populaires, a quant à lui mis en garde: «Même si on ne veut pas perdre notre identité on a besoin d’énergie synergétique.»

Il faudra donc aménager le mode de travail, articuler les collaborations et choisir collectivement le type de résultat recherché. Voilà la partie corsée du travail.

Car au-delà des moyens, la finalité du projet doit aussi être réitérée pour certains. Selon Erwan Ruty, rédacteur en chef de Presse et Cités, un réseau de petits médias implantés dans les quartiers populaires, «l’enjeu est de parvenir à faire changer le récit qui est fait sur les réalités sociales, expose-t-il. Il faut qu’on arrive à faire changer le regard des grands médias sur le quotidien d’un certain nombre de Français.» Ainsi, ces médias de quartier se sentent pour la plupart investis d’une mission sociale.

La suite

Jérôme Bouvier a déjà mis une prochaine rencontre à l’agenda, le 11 décembre prochain, et  il voudrait présenter la plateforme aux prochaines Assises. Sa moustache, d’un blanc contrastant avec sa masse de cheveux bruns, s’agite pour inciter à agir: «Il faut faire vite et démontrer que nous nous saisissons de notre avenir», affirme-t-il.