Par Marie Hélène Eddie

Des lecteurs du quotidien provincial L’Acadie Nouvelle, en Acadie du Nouveau-Brunswick, estiment que le journal doit les représenter, les rassembler et combattre pour la cause du français, trois rôles qui diffèrent selon eux du rôle des médias anglophones de la province. C’est la conclusion obtenue dans le cadre d’une recherche qui a constitué ma thèse de maîtrise en communication à l’Université d’Ottawa, à laquelle une quarantaine de lecteurs de L’Acadie Nouvelle ont participé par l’entremise de quatre groupes de discussion.

Par Marie Hélène Eddie

Des lecteurs du quotidien provincial L’Acadie Nouvelle, en Acadie du Nouveau-Brunswick, estiment que le journal doit les représenter, les rassembler et combattre pour la cause du français, trois rôles qui diffèrent selon eux du rôle des médias anglophones de la province. C’est la conclusion obtenue dans le cadre d’une recherche qui a constitué ma thèse de maîtrise en communication à l’Université d’Ottawa, à laquelle une quarantaine de lecteurs de L’Acadie Nouvelle ont participé par l’entremise de quatre groupes de discussion.

Pour un journalisme engagé

Le rôle de représentation (23.3%) évoque une mise en valeur des événements francophones qui ont lieu dans les communautés. L’idée de rassembler (21.7%) suggère que le journal doit être un espace de discussion qui permet aux Acadiens, dispersés sur le territoire du Nouveau-Brunswick, de mieux se regrouper. Enfin, la fonction de combat (21.7%) implique que le journal doit être engagé dans la défense des droits, ainsi que dans la mobilisation des francophones autour d’enjeux ayant trait au développement de la société acadienne. Parmi les trois fonctions, cette dernière est la plus engagée.

Un certain nombre de citations des lecteurs expriment l’idée que L’Acadie Nouvelle n’a aucun rôle particulier par rapport aux médias anglophones (33.3% des occurrences). Outre ces citations, les opinions des participants indiquent que pour eux, les journalistes ont une obligation de participer activement au développement de leur communauté. Cette position est assez courante en milieu minoritaire francophone, que ce soit en Acadie ou ailleurs au Canada.

Dans les médias de ces communautés, on réserve une grande place à la valorisation d’enjeux reconnus par tous comme soutenant la cause française. On peut imaginer que ce devoir d’engagement est perçu comme une lourde responsabilité par les professionnels de l’information.

Régions francophones vs régions anglophones

Si l’on analyse les résultats obtenus de façon plus précise, il est intéressant de constater qu’à l’intérieur même du milieu minoritaire qu’est l’Acadie du Nouveau-Brunswick, les opinions des lecteurs de L’Acadie Nouvelle diffèrent. Ceux qui vivent dans une région anglophone ou mixte sont plus portés à vouloir que le quotidien soit engagé dans la défense des droits et la mobilisation, soit la fonction de combat (33.3%). Seulement 12.1% des occurrences provenant de participants des régions francophones ont exprimé cette idée.

Au contraire, lorsque l’on vit dans un milieu majoritairement francophone, on conçoit moins facilement qu’un quotidien puisse avoir un rôle différent de celui des médias anglophones. L’idée que L’Acadie Nouvellen’a aucun rôle particulier par rapport aux médias anglophones de la province a été exprimée presque deux fois plus en milieu francophone (42.4%) qu’en milieu anglophone ou mixte (22.2%).

Il semblerait donc que l’hétérogénéité des réalités en matière d’aménagement linguistique et le rapport direct et quotidien avec la majorité anglophone font en sorte que les groupes qui vivent dans un environnement plus anglophone octroient à L’Acadie Nouvelle une plus grande responsabilité envers la survie de l’Acadie.

Les groupes de discussion ont eu lieu dans quatre villes différentes. Les régions considérées comme anglophone ou mixte au plan linguistique sont le Sud-Est (Dieppe) et le Nord (Campbellton) du Nouveau-Brunswick. Les régions considérées comme francophones sont le Nord-Est (Caraquet) et le Nord-Ouest (Grand-Sault) de la province.

Les attentes concernant l'information

En plus de s’intéresser aux perceptions et attentes des 39 participants face aux rôles que doit jouer L’Acadie Nouvelle, la thèse de maîtrise fait une place importante à leurs attentes concernant le type d’information qu’ils souhaitent retrouver dans les pages du quotidien.

Il appert que les lecteurs des quatre régions souhaitent avoir accès à une information à la fois régionale (54.5%) et provinciale (45.5%). L’Acadie Nouvelle est basée dans le Nord-Est (Caraquet) de la province et avait autrefois comme mandat de desservir cette région spécifiquement. Les lecteurs trouvent que le journal, aujourd’hui provincial, a encore tendance à prioriser le Nord-Est au détriment des autres régions. Nombre d’entre eux ont donc fait part d’un désir pour une couverture plus équitable de toute la province.

Par ailleurs, une majorité imposante (89.8%) de lecteurs ont fait part d’un besoin pour davantage d’information en profondeur. Ils expliquent cette attente par un besoin pressant d’interpréter les problèmes politiques, socio-économiques et culturels de l’Acadie et du Nouveau-Brunswick. Que ce soit sous forme de dossiers, d’analyse ou de commentaire, toutes les régions s’accordent sur l’idée d’une information qui leur permettra de donner un sens aux événements du monde qui les entoure.

Il semble donc que pour eux, l’engagement des médias d’information se concrétise par un travail d’analyse approfondi, et jamais réducteur, des événements en cours.

La thèse est disponible en version intégrale sur le site Web de la Chaire de recherche en éthique du journalisme à l’adresse suivante: www.crej.ca.

 

Voir aussi:

Caraquet impose des règles aux journalistes

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