À l'heure où les médias ferment un à un leurs bureaux à l'étranger et se rabattent sur les journalistes indépendants, le Canadian Journalism Forum on Violence and Trauma lance deux bourses pour permettre aux pigistes de suivre une formation sur les milieux hostiles.

À l'heure où les médias ferment un à un leurs bureaux à l'étranger et se rabattent sur les journalistes indépendants, le Canadian Journalism Forum on Violence and Trauma lance deux bourses pour permettre aux pigistes de suivre une formation sur les milieux hostiles.

Le Forum Freelance Fund fournira cette année deux enveloppes contenant jusqu'à 2500 dollars chacune. Elles couvriront environ 70% des frais d'études et de déplacement. Des lauréats pourront suivre une des formations sur les milieux hostiles offertes aux États-Unis ou en Grande-Bretagne par Andrew Kain Enterprises Limited, Centurion Risk Assessment Services Ltd. ou Columbia Journalism School.

Ces formations abordent la reconnaissance des armes, les techniques de survie en milieu hostile, les moyens de passer à travers des barrages routiers ou d'éviter les embuscades, mais elles ont également un important volet psychologique. Ainsi, elles s'adressent aux journalistes en zone de conflit, mais aussi aux reporters locaux qui couvrent les situations traumatiques porteuses d’effets psychologiques néfastes.

Les journalistes salariés affectés à la couverture de conflits et de situations violentes pour les grands médias internationaux suivent pour la plupart ce type de cours qui demeurent inaccessibles à la majorité des indépendants. En effet, «la plupart des journalistes pigistes couvrent les conflits sans préparation technique adéquate et sans la couverture des assurances. L’infrastructure nécessaire pour la sécurité est tout simplement au-delà des moyens des free-lances», écrit le chercheur Aimé-Jules Bizimana de l'Université du Québec en Outaouais qui s'intéresse à la pratique du journalisme dans les conflits armés.

Il poursuit: «La propension des grands médias à rentabiliser d’abord leurs entreprises produit pour double corollaire la disparition progressive des correspondants permanents dont le maintien en mission à l’étranger coûte trop cher et l’utilisation consécutive des journalistes free-lances ou locaux certes à moindres coûts, mais exposés aux plus grands risques. Soucieux de ne pas exposer leurs propres salariés, les directeurs de rédactions utilisent les free-lances mais ces derniers "ajoutent une grande fragilité au système de collecte de l’information internationale". Cette situation illustre le paradoxe entre une logique économique fondée sur la productivité et le profit qui engendre de nouveaux risques pour cette même productivité.»

Le Canadian Journalism Forum on Violence and Trauma souhaite pallier au déficit sécuritaire qui menace la vie et la santé psychologique des indépendants et pèse sur la qualité de l'information. (phrase corrigée post-publication) Le Forum Freelance Fund créé avec le soutien financier de CBC News, de Radio-Canada et de Canada News Wire ainsi que l'aide de donateurs privés est un premier pas. L'organisme cherche d'autres commanditaires afin d'élargir et de pérenniser son soutien aux pigistes. En attendant, il invite les journalistes indépendants canadiens (citoyens ou résidents permanents) qui travaillent à l’étranger en grande partie pour les médias d'ici à déposer une demande de bourse avant le 17 octobre (formulaire ici). Les dossiers seront étudiés par un jury indépendant et les noms des lauréats seront révélés le 31 octobre.

 

Sur le même sujet, consultez la page consacrée à la sécurité des journalistes sur le site de Reporters sans frontières.

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