Le tabloïd britannique News of the World, fleuron de l'empire News Corp. de Rupert Murdoch, sera distribué pour la dernière fois dimanche. Empêtré dans un vaste scandale d'écoutes téléphoniques illégales, le groupe a décidé de fermer l'hebdomadaire. Il est accusé d'avoir espionné les boîtes vocales de quelque 4000 personnes.

Le tabloïd britannique News of the World, fleuron de l'empire News Corp. de Rupert Murdoch, sera distribué pour la dernière fois dimanche. Empêtré dans un vaste scandale d'écoutes téléphoniques illégales, le groupe a décidé de fermer l'hebdomadaire. Il est accusé d'avoir espionné les boîtes vocales de quelque 4000 personnes.

Enquête et arrestations

Suite à une enquête sur les méthodes journalistiques du journal, les Britanniques ont découvert que l'édition dominicale du Sun a piraté les messageries de victimes des attentats de Londres de 2005 et de proches de soldats morts en Afghanistan et en Irak. Les boîtes vocales des parents de la petite Maddie, disparue en 2007, et de l'adolescente Milly Dowler, assassinée en 2002, sont aussi sur le vaste tableau de chasse du tabloïd. Une chasse à laquelle auraient collaboré des policiers à qui des pots-de-vin ont été versés.

Scotland Yard a d'ailleurs arrêté ce matin un ancien journaliste du tabloïd soupçonné de corruption. L'ex-correspondant royal de News of the World, Clive Goodman, aurait distribué des enveloppes brunes à des policiers-informateurs afin d'avoir accès à des boîtes vocales téléphoniques. En 2007, il avait déjà été condamné, de même que le détective privé Glenn Mulcaire, pour avoir piraté les messageries téléphoniques de membres de la famille royale, dont celle du prince William.

Le gouvernement éclaboussé

L'affaire éclabousse tout l'empire Murdoch, qui a vu les annonceurs de News of the World le quitter un a un ces derniers jours, mais aussi le gouvernement britannique. Au lendemain de l'annonce de la fermeture du journal, son ex-rédacteur en chef, un proche du Premier ministre, a en effet été arrêté. Il s'agit d'Andy Coulson qui a été le directeur des communications de David Cameron de mai 2007 jusqu'à sa démission en janvier dernier suite aux premières révélations sur les écoutes téléphoniques, le hackgate.

Répondant aux demandes répétées de l'opposition, le Premier ministre a annoncé ce matin la création d'une commission d'enquête indépendante sur le scandale des écoutes illégales. Son gouvernement commande également l'ouverture d'une enquête sur l'éthique et la culture de la presse. Alors que le journalisme britannique vient de traverser une des semaines les plus difficiles des dernières décennies, coincé entre le respect de la vie privée et l'insatiable curiosité du public, David Cameron promet la création d'un organisme chargé de préserver l'«équilibre entre le droit au respect de la vie privée et l'intérêt public».

Un sacrifice d'affaires

Ce scandale éclate alors que l'empire News Corp. tente de prendre le contrôle du numéro un de la télévision payante britannique, BskyB. La transaction devait recevoir l'aval du gouvernement la semaine prochaine, mais vient finalement d'être mise sur la glace. Face à la controverse, Downing Street a décidé de mettre le dossier de côté au moins jusqu'en septembre. Selon la dirigeante du syndicat britannique des journalistes, Michelle Stanistreet, en fermant News of the World, Rupert Murdoch cherche justement «à clore le scandale au plus vite pour enlever un obstacle sur la voie du rachat de BskyB», rapporte l'AFP.

Pour le conglomérat, qui détient notamment le Times et Fox News, cette transaction est d'une importance cruciale. BskyB compte en effet 10 millions d'abonnés. Autant de consommateurs à qui le groupe pourrait vendre sa politique d'accès payant à ses journaux en ligne. L'entreprise de télécommunication est par ailleurs bien plus profitable que News of the World. Elle a dégagé un bénéfice de 1 milliard de livres en 2010, alors que le tabloïd, qui a perdu plus de 35% de ses lecteurs depuis 2001, en a déclaré 10 millions.

Le hackgate en main, l'instance de régulation des télécommunications britanniques, l'Ofcom, pourrait bloquer la transaction en déclarant que News Corp. n'est pas un diffuseur «apte et convenable», comme l'exige la loi. Reste à voir si mettre un frein à l'appétit de l'empire ne serait pas un trop grand risque politique pour le gouvernement conservateur. «Le Premier ministre est-il prêt à perdre le soutien du Sun et du Times?», questionne le journaliste David Singleton sur son blogue.

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