Le Los Angeles Times a publié ce matin, en une de son édition imprimée et sur son site web, des photos de soldats américains posant avec des restes humains en Afghanistan en 2010. Le Pentagone a critiqué la publication de ces images jugeant qu'elles mettent en péril la vie de soldats encore sur le terrain. Tout en condamnant les gestes qu'elles montrent, plusieurs lecteurs choqués ont également protesté contre la publication de ces images.

Le Los Angeles Times a publié ce matin, en une de son édition imprimée et sur son site web, des photos de soldats américains posant avec des restes humains en Afghanistan en 2010. Le Pentagone a critiqué la publication de ces images jugeant qu'elles mettent en péril la vie de soldats encore sur le terrain. Tout en condamnant les gestes qu'elles montrent, plusieurs lecteurs choqués ont également protesté contre la publication de ces images.

Le LATimes a reçu 18 photos de la part d'un militaire américain. Il en a publié deux, bien que le secrétaire à la défense américain, Leon E.Panetta, lui ait demandé de s'abstenir. Selon le Pentagone, les images de ce type sont utilisées par l'ennemi pour inciter à la violence et aux représailles. Faut-il se soucier de l'effet d'entraînement – dans ce cas, des représailles contre les militaires – que peut susciter un reportage? «Bien sûr, mais sans sacrifier au devoir d'informer», répond le livre Question d'éthique.

L'ouvrage explique: «Parce que les journalistes traitent de ce qui dérange la douce continuité des choses, leurs articles auront des effets désagréables sur certaines personnes. Ces effets, par nature indésirables, doivent être jaugés à la valeur d'intérêt public des informations, à la véracité des faits et à la bonne foi. Ce sont là des critères qui protègent les journalistes d'être tenus personnellement responsables des conséquences de leurs reportages.»

Ici, le militaire informateur du LATimes souhaitait voir ces images publiées pour attirer l'attention sur un relâchement de la discipline et un manque de leadership au sein des troupes. Ce qui constitue, selon lui, un risque pour la sécurité des soldats. «Après mûre réflexion, nous avons décidé que la publication d'une sélection petite mais représentative des photos cadrait avec notre obligation envers les lecteurs de rapporter rigoureusement et impartialement tous les aspects de la mission américaine en Afghanistan», a expliqué l'éditeur du quotidien, Davan Maharaj.

Les images ont été reprises un peu partout dans le monde. La Presse a choisi de les placer en page d'accueil de son site web pendant un moment ce matin. Tout internaute qui se rendait sur le site y était donc confronté, qu'il le veuille ou non. Le New York Times a, lui, choisi de parler de la nouvelle, mais sans publier de photo. Il a plutôt inclus un lien vers le site du LATimes permettant au lecteur qui le souhaite de voir les images. Le webzine du Conseil de presse du Québec, qui s'est interrogé sur la publication des images, a pour sa part décidé de ne pas les montrer, mais d'inclure une captation d'écran floue de l'article du quotidien californien.

Au chapitre «guerre, terrorisme et catastrophes naturelles», le guide Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada va dans le même sens que M.Maharaj. «Notre couverture journalistique présente la réalité telle qu'elle est, y lit-on. Les scènes de violence et de souffrance font partie de notre couverture des guerres, des catastrophes, des crimes et d'une variété de conflits.» Il précise toutefois: «Nous respectons aussi la sensibilité de nos spectateurs, auditeurs et lecteurs. En conséquence, nous évaluons l'impact des images en fonction de l'heure du jour et du contexte de leur diffusion. S'il est nécessaire que nous utilisions des images qui risquent de choquer notre auditoire, nous faisons une mise en garde avant de les diffuser».

Dans Question d'éthique, la professeure Armande Saint-Jean écrit: «On ne diffusera le déroulement très exact d'une action violente en différée que si cela est absolument essentiel à la compréhension d'une information. C'est le cas de certains gestes politiques. Les immolations par le feu en Corée (…), des Amérindiens battus par des manifestants sur le pont de Châteauguay, à l'été 1990, sont tous des exemples d'évènements violents qu'il fallait montrer parce qu'ils avaient un effet social, parce qu'ils pouvaient suscité une prise de conscience importante».

Elle souligne néanmoins: «Les corps de personnes tuées ne devraient pas, en principe, être montrés à moins qu'il n'existe d'importantes raisons de le faire; et si de telles scènes sont justifiées par les besoins essentiels de l'information, on ne devrait pas s'y attarder». Elle rappelle également qu'au lieu de sensibiliser et de faire réfléchir le public, la publication récurrente d'images violentes peut avoir l'effet inverse.

 

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