L’animateur de la Facture, à l’antenne de Radio-Canada, a été élu par acclamation en fin de semaine, par des membres réunis, plus nombreux que jamais, en congrès au Château Frontenac de Québec. Il s’inscrit dans la continuité et bataillera sur le terrain de la protection des sources et de l’accès à l’information.

L’animateur de la Facture, à l’antenne de Radio-Canada, a été élu par acclamation en fin de semaine, par des membres réunis, plus nombreux que jamais, en congrès au Château Frontenac de Québec. Il s’inscrit dans la continuité et bataillera sur le terrain de la protection des sources et de l’accès à l’information.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Durant les prochains jours, Projet J publiera les compte-rendu des principaux ateliers du congrès.

Sept cent douze. En quarante ans d’existence, jamais congrès de la FPJQ n’avait attiré autant de membres. Jamais la Fédération n’avait d’ailleurs eu autant d’adhérents, dépassant la barre des 2 000, quand elle flirtait encore avec les 1 700 il y a à peine cinq ans. Une remontée que Brian Myles, ex-président de la FPJQ devenu vice-président pour assurer la transition, explique par les enjeux de taille qui traversent l’industrie depuis plusieurs années. Remontée qu’il s’attribue également, affirmant que sous ses deux mandats, la Fédération a retrouvé le mordant qu’elle avait un peu perdu durant les années 2000.

Un congrès de transition. Car si Pierre Craig est devenu dès samedi, par acclamation faute d’autres candidats, le nouveau président de la Fédération, c’était le dernier congrès de Claude Robillard en tant que Secrétaire général, après vingt-cinq ans de bons et loyaux services. Lui rendant hommage, Michel C. Auger, animateur du 15-18 sur Ici Radio-Canada Première, et lui-même ex-président, a affirmé que « tous les présidents ont abusé de Claude. [Que] tous savent ce qu’ils lui doivent».

Un congrès de la réconciliation, une petite délégation du Journal de Montréal emmenée par leur chef blogueur Michel Dumais, ayant fait le déplacement à Québec, après avoir boudé l’événement durant plusieurs années, considérant que la Fédération avait mis fin à sa tradition de neutralité en fourrant son nez dans son lock-out. Cerise sur le gâteau, le prix Judith-Jasmin Hommage, a été remis à Michel Auger. «C’est la meilleure chose qui pouvait m’arriver dans ma carrière», a affirmé celui qui a couvert le crime organisé pour le JDM pendant de nombreuses années, et qui a survécu à une embuscade dont il était la cible.

Solidarité

Un congrès de la solidarité, parce qu’il en faudra pour affronter les bourrasques, et mêmes les ennemis, selon Brian Myles. Présentant hier en assemblée générale son dernier rapport d’activité, il a martelé une nouvelle fois, que l’État n’était pas là pour aider les journalistes à faire leur travail dans les meilleures conditions, en toute indépendance et transparence, expliquant ainsi la mort du débat sur le titre professionnel.

Dans son tout premier discours en tant que président, Pierre Craig a lui aussi promis que la protection des sources et la loi sur l’accès à l’information seraient les deux grands dossiers de son mandat. En atelier, Monique Dumont, ex-recherchiste à l’émission Enquête à l’antenne de Radio-Canada, a expliqué à quel point la loi avait mal vieillie et comment les gouvernements cultivaient le secret. Même discours chez les journalistes scientifiques, venus démontrer comment petit à petit, les scientifiques se sont vus reprendre par l’administration fédérale, leur droit de parler aux journalistes des résultats de leurs études… pourtant financées par l’argent du contribuable.

[node:ad]

Émotion et solutions

Un congrès en mode émotion samedi après-midi à l’atelier revenant sur la couverture de Lac-Mégantic, en présence de la mairesse, Colette Roy-Laroche, qui d’emblée, a affirmé que lors de cette épreuve pour sa ville, les journalistes avaient été des alliés. Josée Cloutier, journaliste à TVA Sherbrooke, a raconté avoir pleuré avec  Raymond Lafontaine, l’entrepreneur ayant perdu plusieurs proches dans la tragédie. Et Rémi Tremblay, rédacteur en chef de l’Écho de Frontenac, est revenu la voix tremblotante, sur l’un des plus beaux textes ayant été écrit au moment du drame, la Ville des âmes en peine. Texte qui a remporté quelques heures plus tard, sous une salve d’applaudissements, le prix Judith-Jasmin dans la catégorie médias locaux et régionaux.

En mode solutions également, même si toutes ne font pas l’unanimité. Venue défendre le contenu commandité, Carole Beaulieu, rédactrice en chef et éditrice à l’Actualité, a soulevé les passions sur la twittosphère lorsqu’elle a affirmé que les annonceurs étaient pour elle des partenaires, et cela même si ce partenariat obligeait parfois à s’arranger de la déontologie journalistique. Car sans eux, elle n’aurait pas les moyens de financer les enquêtes et les portraits qui font la réputation de son magazine. Et c’est d’ailleurs pour son portrait fleuve de Jason Kenney, Jason, le missionnaire de Harper, qu’Alec Castonguay a remporté, par la suite, le Grand prix Judith-Jasmin.

Solutions toujours avec La Presse+ et sa capacité à venir chercher les plus jeunes, ceux qui fuient les médias traditionnels, et les jeunes familles aisées, la cible dont les annonceurs sont friands. Un atelier qui a fait salle comble… mais une salle cependant frustrée quant au peu de réponses apportées en matière de modèle d’affaires. Outre les quarante millions investis par Gesca pour produire l’application, nombre de journalistes présents au congrès se questionnaient sur l’argent dépensé pour permettre aux journalistes du bureau enquête de faire leur travail durant des semaines sans publier une ligne. Ou encore pour envoyer des reporters à l’étranger, comme le fait souvent Isabelle Hachey. Ce qui lui a valu l’un des deux prix Judith-Jasmin qu’elle a remportés lors du gala, pour un grand reportage sur la sexo-sélection en Inde et en Chine.

Débats et réflexions

Solution encore avec le journalisme de données. Si le journaliste n’a plus aujourd’hui le monopole de la diffusion de la nouvelle, il lui faut apporter une certaine valeur ajoutée pour continuer à justifier sa raison d’être. Sauf que si ce nouveau champ, qui couplé à des enquêtes, peut mener à des révélations, demande aux journalistes de maîtriser les outils techniques et du web, il reste qu’il doit jongler avec le peu d’enthousiasme des gouvernements pour les données ouvertes.

Un congrès qui sous ses allures lices n’a pas manqué de piquant et de verve. Comme lorsque le journaliste à la retraite, Pierre Vennat, harangua Richard Bergeron lors de l’atelier sur la couverture municipale. Ou lorsque le rédacteur en chef du Toronto Star, Michael Cook, venu expliquer pourquoi il avait payé pour la vidéo montrant Rob Ford saoul, et proférant des menaces de mort, a expliqué avec son accent british, faire une distinction entre payer une source et payer pour obtenir du matériel exclusif, comme une photo ou une vidéo.

Sûr que tous ces thèmes vont continuer à être débattus tout au long de l’année, preuve que le métier de journaliste est en pleine redéfinition, sinon révolution. Débats et réflexions qui seront certainement de nouveau au centre des ateliers, lors du prochain congrès.