En juin 2011, Nyemb Popoli, caricaturiste vedette au Cameroun, a fini aux urgences après avoir été violemment tabassé par les forces de police. Son crime? Être le patron d’un journal satirique, le Popoli, devenu en dix ans l’un des plus gros tirages de ce pays d’Afrique centrale peu avide de démocratie.

En juin 2011, Nyemb Popoli, caricaturiste vedette au Cameroun, a fini aux urgences après avoir été violemment tabassé par les forces de police. Son crime? Être le patron d’un journal satirique, le Popoli, devenu en dix ans l’un des plus gros tirages de ce pays d’Afrique centrale peu avide de démocratie.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Nyemb Popoli a débuté sa carrière de caricaturiste au Messager, le journal de l’intelligentsia camerounaise. Au départ, cette voix dissonante plaît, et très vite, il obtient une notoriété telle qu’on lui offre plusieurs pages par jour pour s’exprimer, et même un cahier hebdomadaire intitulé le Messager Popoli.

Mais peu à peu, son ton acerbe commence à faire grincer les dents en haut lieu. En 2002, le directeur du quotidien cède à la pression politique et décide de se séparer de son électron libre. Pire, à force d’intimidation, il tente de ruiner sa carrière en lui interdisant l’utilisation de son nom, celui-ci étant soi-disant devenu une marque rattachée au Messager.

Le caricaturiste ne cède pas et en mai 2003, il y a tout juste dix ans, le Popoli finit par voir le jour, sur les cendres encore chaudes du feu Messager Popoli. «Rira bien qui lira le premier», telle est sa devise.

8000 exemplaires

Nyemb Popoli sait bien que sans sa carrière au Messager, il n’aurait jamais atteint ce degré de notoriété. Il sait bien aussi que sa présence dans le paysage médiatique camerounais dérange. Son passage à tabac par la police, dans un lieu public, au vu et au su de tous, il y a deux ans, en apporte une preuve supplémentaire.

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Mais le devoir d’informer et de dénoncer est plus fort que tout. Et puis, il faut bien vivre, et il ne sait rien faire d’autre que de dessiner. Autour de lui, dans les locaux du quartier Akwa à Douala, la capitale économique du Cameroun, une dizaine de personnes, dessinateurs et journalistes. Tous les anciens du Messager Popoli l’ont suivi sans hésiter. Tant pis s’ils ne recevaient au départ aucun salaire.

Et ils ont eu du flair: après dix ans d’existence, tous perçoivent une rémunération et le journal satirique tire à 8000 exemplaires. Comme le Messager et plus que la Nouvelle Expression, l’autre journal de référence. Un lectorat fidèle qui chaque mardi et jeudi se délecte de nouvelles croustillantes, amusantes et illustrées. La formule gagnante? «Quand le journal a vu, le journal peux dire, répond Popoli du tac au tac. Il n’y a pas d’histoire d’amis ou d’ennemis. Je me moque de tout le monde d’où qu’il vienne. Même de moi, souvent!»

Souvenirs, souvenirs

Aujourd’hui Nyemb Popoli s’amuse d’être devenu patron de presse. Il se souvient avec amusement de ses premiers dessins dans le sable, au village. De sa mère qui lui confisquait les crayons pour ne pas qu’il «gâche» ses cahiers. De la découverte de la BD Bleck le Rock qui lui inspirera ses premiers scénarios. Du Diamant noir un super-héros footballeur né de son imagination et dont il vendra les aventures dans la cour de l’école. De sa fierté lors de la parution de sa première caricature dans un quotidien national.

Il se souvient surtout de sa «rencontre» avec le Canard enchaîné, journal qui demeure aujourd’hui encore sa bible, sa référence, l’exemple à suivre.

Alors, de temps à autre, il doit passer par la case prison. Pour tenter de se protéger, il crée des personnages qui parlent pour lui : Bibi, l’oiseau qui se permet de critiquer et de donner des conseils, même aux plus hauts placés de la hiérarchie politique, ou encore Mossi Pépé, incarnation de l’Africain sans argent, frimeur, un peu malhonnête et qui aime boire une petite bière.

Et qui sait, ses personnages deviendront peut-être un jour des héros de dessin animé. Popoli en rêve, tout en gardant les pieds sur terre… et le crayon entre les doigts. «Je demeure un vieux de la vieille, avoue-t-il. J’ai beau essayer, je ne parviens toujours pas à adopter la tablette graphique et les nouvelles technologies!»