Selon les Québécois, les médias de Québecor et de Radio-Canada ont offert la meilleure qualité d’information lors des élections générales du 4 septembre 2012. Mais ils sont à peine 52 % à penser que les journalistes ont été équitables pour tous les partis politiques.

Par Marc-François Bernier

 

Selon les Québécois, les médias de Québecor et de Radio-Canada ont offert la meilleure qualité d’information lors des élections générales du 4 septembre 2012. Mais ils sont à peine 52 % à penser que les journalistes ont été équitables pour tous les partis politiques.

C’est ce qui se dégage d’un sondage CROP réalisé auprès de 1 000 répondants, du 17 au 22 octobre 2012, par le biais d’un panel web. Les résultats ont été pondérés afin de refléter la distribution de la population adulte du Québec selon le sexe, l'âge, la région de résidence, la langue maternelle et le niveau de scolarité des répondants. Compte tenu du caractère non probabiliste de l’échantillon, le calcul de la marge d’erreur ne s’applique pas. Ce sondage s’inscrit dans le cadre du Baromètre des médias de la Chaire de recherche en éthique du journalisme (www.CREJ.ca) de l’Université d’Ottawa.

À la question cherchant à savoir quels médias francophones ont offert la meilleure qualité d’information, 30 % des répondants ont choisi les médias de Québecor (TVA, Le Journal de Montréal, Le Journal de Québec et le site Internet Canöe), 27 % ont plutôt choisi les médias de Radio-Canada (télé, radio et site Internet). L'absence de marge d'erreur ne permet pas de déterminer si cet écart de 3 % est solide (un sondage probabiliste réalisé auprès de 1000 personnes a une marge d'erreur d'environ 3 %). Notons que 26 % de nos répondants ont dit ne pas savoir ou ont refusé de répondre à la question, tandis que 7 % n’ont choisi aucune des réponses suggérées.

La surprise de l’enquête est peut-être le fait que seulement 4 % des répondants ont choisi les médias de Gesca (La Presse, Le Soleil le site Internet Cyberpresse). Compte tenu du changement récent de nom de Cyberpresse.ca pour Lapresse.ca nous avons préféré conserver l’ancien nom pour le sondage 2012. Il se peut que le faible taux obtenu par les médias de Gesca s’explique par le fait que plusieurs répondants auraient été incapables de faire leur choix entre Radio-Canada et Gesca, ce qui pourrait expliquer la présence de 26 % d’indécis ou de refus de répondre.

Il faut considérer également que, selon le sondage, seulement 10 % des Québécois considèrent que les journaux payants sont les médias d’information les plus crédibles, contre 51 % pour la télévision, 18 % pour Internet et 7 % pour la radio. Cela ne peut que nuire au jugement que les mêmes Québécois se font de la couverture politique des quotidiens, même si les quotidiens sont souvent reconnus pour offrir une information de meilleure qualité (exacte, approfondie, etc.). Du reste, 5 % des répondants estiment que c’est le quotidien Le Devoir qui a offert la meilleure qualité d’information. Ce score est en quelque sorte compatible avec le tirage moins élevé de ce journal, ce qui n’est pas le cas pour les quotidiens de Gesca dont le tirage est très important.

 

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Équité

Compte tenu que certains médias ont été critiqués pour leur couverture électorale, il nous a paru pertinent de poser une question générale sur l’équité des journalistes envers les partis politiques. Quelques événements ou décisions ont pu, en effet, susciter des doutes chez les Québécois à ce sujet. Pensons notamment à l’émission Enquête (Radio-Canada) qui a diffusé un reportage controversé qui révélait que la Sûreté du Québec avait mis fin à une filature quand l’individu visé a rencontré le premier ministre Jean Charest, dans un lieu public.

On peut aussi penser au fait que certains partis politiques marginaux ont reçu une couverture politique moins favorable, notamment en raison de leur position favorable aux revendications des étudiants eu égard aux frais de scolarité.

Ce coup de sonde révèle que 52 % des Québécois estiment que les journalistes ont été presque toujours (11 %) ou la plupart du temps (41 %) équitables pour tous les partis politiques. Notons qu’ils sont 32 % à penser que les journalistes ont été parfois (23 %) ou presque jamais équitables (9%). Toujours au sujet de l’équité de la couverture électorale, 17 % des répondants disent ne pas le savoir ou ont refusé de répondre.

On constate une différence entre différents groupes d’âge. Généralement, plus les répondants sont âgés, plus ils ont trouvé les médias équitables. De façon statistiquement significative, les plus jeunes (18-34 ans) sont les plus critiques à cet égard, cars ils sont seulement 37 % à trouver les médias équitables, alors que cette proportion grimpe à 62 % chez les 55 ans et plus. Il est possible, justement, que la couverture des manifestations liées aux hausses des frais de scolarité joue un rôle dans cette perception.

La langue des répondants est un autre facteur déterminant en ce qui concerne l’équité des journalistes. En effet, les francophones sont plus enclins que les allophones à trouver équitable la couverture médiatique, dans une proportion de 55 % contre 35 %. Il faut dire que les allophones sont plus nombreux que les francophones à ne pas avoir d'opinion ou à refuser de répondre à cette question (27 % vs 15 %). Il faudrait éventuellement examiner de façon plus approfondie le rapport des allophones du Québec avec les médias québécois, surtout les médias de langue française.

Marc-François Bernier est titulaire de la Chaire de recherche en éthique du journalisme de l'Université d'Ottawa et membre du comité éditorial de ProjetJ.