La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, a annoncé ce matin la tenue d'une consultation publique sur l'information d'intérêt public dans les médias. Elle donnait ainsi suite au rapport du Groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information, piloté par la professeure Dominique Payette, qui lui a été livré en janvier.

(deuxième mise à jour)

La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, a annoncé ce matin la tenue d'une consultation publique sur l'information d'intérêt public dans les médias. Elle donnait ainsi suite au rapport du Groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information, piloté par la professeure Dominique Payette, qui lui a été livré en janvier.

La ministre adhère à la pierre d'assise du rapport, soit la création d'un titre professionnel de journaliste. Elle souhaite maintenant recueillir l'opinion des Québécois. D'une part, la consultation portera sur la mise en place d'un nouveau modèle de régulation des médias via l'adoption d'un statut de journaliste professionnel et la consolidation du Conseil de presse du Québec (CPQ). D'autre part, citoyens et groupes d'intérêts seront appelés à se prononcer sur le soutien à la diversité des voix par la mise en place par Télé-Québec d'un réseau d'information régionale et le soutien aux médias communautaires.

En quête d'un consensus

Directrice du programme en journalisme de deuxième cycle de l'Université Laval, Dominique Payette est satisfaite de la démarche qu'entreprend la ministre St-Pierre. «Il y a deux ans, pas un chat ne pensait qu'elle allait réellement faire quelque chose pour l'information et le journalisme. Aujourd'hui, elle en fait un dossier politique en sollicitant la participation des citoyens», note la chercheuse qui a parcouru le Québec l'année dernière pour produire un rapport de 130 pages à la demande express de la ministre.

Selon elle, la ministre fait bien d'aller sur le terrain pour consulter le public parce que le progrès social naît du débat populaire et non de décisions prises en vase clos. «Les journalistes tiennent à définir eux-mêmes le journalisme, mais là on discute de comment le journalisme s'inscrit dans la société. Les citoyens ont leur mot à dire là-dessus, surtout si l'État puise dans les fonds publics pour venir en aide à l'information», estime-t-elle.

Même son de cloche du côté du CPQ. «Je pense qu'il est souhaitable que tout le monde ait son mot à dire. En bonne politicienne, la ministre veut créer un consensus et la meilleure façon de le faire est de tenir une consultation publique», a déclaré le président de l'organisme, le juge à la retraire John Gomery. La ministre St-Pierre a en effet déclaré ce matin que sa tournée du Québec vise «à dégager des consensus sur les visions, les réflexions et les actions que nous devrons privilégier pour assurer l'avenir de l'information».

Les citoyens ont-ils leur mot à dire?

Mais pour la professeure Colette Brin, qui enseigne également le journalisme à l'Université Laval, ce ne sont pas les citoyens qui profiteront des consultations publiques, mais les groupes d'intérêt. Selon elle, les tables de concertations qu'a tenues Dominique Payette pour produire son rapport étaient un exercice bien plus démocratique et constructif d'autant plus que la chercheuse était soucieuse de produire un rapport consensuel. Elle se questionne donc: «ces consultations sont-elles une initiative démocratique ou une mesure dilatoire de la part d'une ministre qui n'a pas l'appui de son gouvernement pour agir?»

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Brian Myles, est lui aussi sceptique. Selon lui, «la ministre reconsulte» et donne la parole à des citoyens dans un dossier qu'ils ne connaissent pas assez pour se prononcer. «Ce n'est pas aux citoyens de dire aux journalistes comment ils devraient s'organiser, quels principes déontologiques ils devraient respecter, qui devrait attribuer la carte presse et quelles sanctions devraient être appliquées aux contrevenants», a-t-il déclaré ce matin. Défendant l'autorégulation de la profession, il estime que «le fin mot de l'histoire appartient aux journalistes».

Dominique Payette n'est pas du tout du même avis. Selon elle, il est plus que temps que la profession descende de sa tour d'ivoire et cesse de chercher seule des solutions à la crise qui l'affecte. «Il faut que le débat sorte de la Mère Clavet», lance-t-elle en référence à une brasserie de la rue de la Gauchetière très populaire auprès des artisans de Radio-Canada. Dans la même veine, le journaliste et consultant français Erwan Gaucher appelait il y a quelques jours ses collègues à cesser de laver leur linge salle en famille:

«Il semblerait que notre lessive ne soit pas très efficace… La presse généraliste va mal depuis 15 ans au moins, les audiences des JT s'effritent presque toutes, le public se défie des journalistes plutôt que de leur faire confiance. Bref, les débats que nous tenons (ou pas) dans le secret de nos salles de rédaction ne semblent pas avoir été suffisants pour trouver la formule magique. Que risquons-nous à, de temps en temps, parler de tout ça en public?»

Deux solitudes

La lessive semble aussi différer selon la langue d'usage, promettant des maux de tête à la ministre Saint-Pierre dans sa recherche de consensus. En effet, Si 86,8% des membres de la FPJQ se sont prononcés, en avril, en faveur de la création d'un titre professionnel, le vice-président du chapitre Montréalais de l'Association canadienne des journalistes (ACJ), Beryl Wajsman, – qui représente majoritairement des journalistes anglophones – semble avoir fait son lit. Pour lui, le Rapport Payette constitue «un affront à la liberté d'expression» et mérite «un rejet retentissant».

Plusieurs journalistes de langue anglaise du Québec sont grimpés dans les rideaux lors du dépôt, en janvier, du Rapport Payette, outrés qu'il recommande une formation continue sur la langue française, formation conditionnelle à l'obtention d'un statut professionnel, et surtout qu'il demande l'intervention de l'État dans les affaires de la presse. Le document recommande en effet que le gouvernement adopte une Loi sur le statut des journalistes professionnels du Québec. Or, pour Beryl Wajsman, «la pierre d'assise d'une société libre est une presse dérégulée».

Conscient de la vive opposition d'une frange anglophone de la profession, Bryan Myles estime que le Rapport Payette est un «rendez-vous manqué avec les anglophones». Toutefois, il souligne qu'en aucun cas, le document ne propose l'imposition d'un titre professionnel en tant que modèle unique. «Pour le moment, on a un modèle unique, celui de l'organisation libérale où les forces du marché dictent la qualité de la presse et de l'information. C'est un espèce de grand bazar où le plus fort l'emporte et le plus faible s'éteint. C'est un modèle imparfait qui pourrait cohabiter avec un autre», croit-il.

 

La tournée de consultation s'arrêtera à Rimouski, Gaspé, Gatineau, Québec, Saguenay, Baie-Comeau, Montréal, Trois-Rivière et Sherbrooke entre le 6 octobre et le 21 novembre. La date limite pour soumettre un mémoire est le 23 septembre. Pour plus d'information, rendez-vous sur le site de la consultation: www.mcccf.gouv.qc.ca/consultation

 

Voir aussi:

Le rapport Payette appelle a une aide publique à l'info

Rapport Payette: premières retombées à Télé-Québec

Référendum sur le titre professionnel: le oui l'emporte

 

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