Deux articles de Quebecor ont fait le
tour des réseaux sociaux au cours du week-end. Le premier, signé
par Taïeb Moalla du Journal de Québec, donnait la parole à
Amir Khadir en réponse aux accusations de conflit d’intérêts
émises par le chroniqueur Éric Duhaime, lui aussi du Journal
de Québec
. Le second, signé par Isabelle Maher du
Journal de Montréal, se voulait un guide des salons de
massages érotiques à l’intention du chef du NPD, Jack Layton.

Deux articles de Quebecor ont fait le
tour des réseaux sociaux au cours du week-end. Le premier, signé
par Taïeb Moalla du Journal de Québec, donnait la parole au
député de gauche Amir Khadir en réponse aux accusations de conflit
d’intérêts émises par le chroniqueur Éric Duhaime lui aussi du
Journal de Québec.
Le second, signé par Isabelle Maher du Journal de Montréal,
se voulait un guide des salons de massages érotiques à l’intention
du chef du NPD, Jack Layton.

Échos à Sun News

Le second texte faisait
écho à une information véhiculée pendant la campagne électorale
fédérale par une autre entité de Quebecor, Sun News. La chaîne a
rapporté que le chef néodémocrate aurait été interrogé par la
police après s’être trouvé dans un salon de massage de réputation
douteuse à Toronto en 1996, ce que le NPD a qualifié de «campagne
de salissage».

Publié et diffusé autant sur le web
que dans le Journal de Montréal sans entraves, cet article
laisse planer de sérieux doute sur l’objectivité politique du
quotidien. «Le LEAD est tout à fait inapproprié et vise à nuire à
un «adversaire» idéologique», estime le professeur Marc-François
Bernier, titulaire de la Chaire de
recherche en éthique du journalisme de l’Université d’Ottawa.

Le
texte d’Isabelle Maher débute en effet ainsi: «Avec un caucus formé
de 59 députés québécois, le chef du NPD Jack Layton devra
probablement passer plus de temps à Montréal au cours des quatre
prochaines années. Comme le chef de l’opposition a déjà confondu
une «clinique communautaire» et un «salon de massage érotique»,
à Toronto, le
Journal
a cru bon dresser à son intention un portrait des endroits chauds à
éviter dans la métropole.»

Duhaime
tourné en bourrique

L’article de Taïeb Moalla a quant à
lui disparu des sites de TVA et de Canoe après seulement une heure
en ligne. Analyse d’expert à l’appui, ce texte tournait au ridicule
Éric Duhaime, chroniqueur vedette du Journal de Québec et
fondateur du Réseau Liberté Québec. Le retrait du texte a provoqué
de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, plusieurs criant à
la censure.

Taïeb Moalla s’est refusé à tout commentaire, mais le
président du syndicat de la rédaction du Journal de Québec,
Denis Bolduc, estime être «en
droit de penser que quelqu’un, quelque part dans la direction,
n’aimait pas le texte».

Une
seconde version du texte (sans mention qu’il s’agit d’une seconde
version) est néanmoins apparue sur Internet peu après midi
aujourd’hui. Considérablement modifié dans le style, l’article
contient toutefois les mêmes informations. «Soit ils se sont
aperçus que ça chauffait, donc ils ont orchestré une opération de
récupération, soit ils se sont rendu compte qu’ils avaient fait une
erreur en retirant le texte
», explique
Denis Bolduc quelque peu interloqué.

Aucun
grief n’a encore été déposé relativement à cette affaire, mais Denis Bolduc compte demander des éclaircissements à la
direction dans les prochains jours. Le directeur de l’information du
Journal de
Québec
,
Éric Cliche, n’a pour sa part pas retourné notre appel.

Un «étroit corridor» éditorial

Le président du syndicat rappelle que lors du dernier congrès de la Fédération
professionnelle des journalistes du Québec, son collègue, Régis
Caron, a dénoncé l’impact de l’idéologie de son employeur sur la
ligne éditoriale du Journal de Québec. Journaliste depuis 23 ans chez
Quebecor
, il a expliqué avoir vu un de ses articles censuré
parce que trop critique à l’égard d’un candidat à une élection
municipale. Pour lui, ce texte n’a pas été publié, car il ne
cadrait pas dans l’«étroit corridor» éditorial du journal.

Marc-François Bernier croit de son
côté que plus que l’idéologie, c’est le modèle d’affaires qui
dicte les choix éditoriaux de groupe de Pierre-Karl Péladeau. Selon
lui, l’objectif est bien plus de vendre de la copie que des idées:
«C’est du populisme plus que de l’engagement idéologique raisonné
et construit», comme celui qui caractérise les grands quotidiens
français, comme Le Figaro, ou américains, dont le Wall
Street Journal
.

Cette analyse va dans le sens des
propos de Luc Lavoie, conseiller du président de Quebecor,
concernant Sun News, chaîne qu’il définit ouvertement comme
«populiste et irrévérencieuse». Rejetant l’étiquette de «Fox
News du Nord» accolée à sa chaîne pour ses liens supposés avec
le réseau américain Fox et le parti conservateur, il nous
expliquait en mars dernier: «nous ne comptons pas nous placer d’un
côté ou de l’autre de l’échiquier politique, mais du côté des
gens en parlant de ce dont ils parlent».

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