Après L'Écho de Trois-Rivières et L'Écho de Shawinigan lancés fin août, Quebecor Media récidive. Le conglomérat annonce la naissance d'un nouvel hebdomadaire à Saint-Jean-sur-Richelieu, au cœur des plates bandes du Canada Français acquis par Transcontinental au cours de l'été. Plus de 53 000 foyers de la Montérégie recevront L'Écho de Saint-Jean-sur-Richelieu dès demain.

Après L'Écho de Trois-Rivières et L'Écho de Shawinigan lancés fin août, Quebecor Media récidive. Le conglomérat annonce la naissance d'un nouvel hebdomadaire à Saint-Jean-sur-Richelieu, au cœur des plates bandes du Canada Français acquis par Transcontinental au cours de l'été. Plus de 53 000 foyers de la Montérégie recevront L'Écho de Saint-Jean-sur-Richelieu dès demain.

Ce nouvel hebdomadaire, qui sera piloté par l'éditeur Denis Tetreault, vice-président opération chez Quebecor Sun Media, porte à 74 le nombre de journaux régionaux de Quebecor au Québec. Depuis 2010, l'entreprise a lancé 11 nouvelles publications régionales dans la province et a fait l'acquisition des 15 publications des Hebdos Montérégiens en février. D'après une offre d'emploi qui a circulé au cours de l'été, elle prépare également le lancement d'un nouvel hebdomadaire à Granby.

Guerre de l'info

Le journal promet «de présenter les nouvelles locales et régionales d'un nouvel œil et d'informer les résidents du Haut-Richelieu sur tout ce qui se passe dans leur milieu», indique Quebecor par voie de communiqué. «Grâce à L'Écho de St-Jean-sur-Richelieu, les lecteurs de la région de St-Jean et ses environs seront mieux informés que jamais sur leur réalité locale. (…) Notre nouvel hebdomadaire promet de devenir rapidement un incontournable en Montérégie», ajoute la vice-présidente exécutive Québec de Corporation Sun Media – filiale du groupe –, Lyne Robitaille. «On veut être au cœur des communautés, présenter l'information qui représente bien nos lecteurs et les sujets d'actualité qui les touchent. C'est très important pour nous d'être proche des gens par le biais de nos équipes sur le terrain», déclarait-elle à ProjetJ en août.

Mais, depuis la Côte-Nord, où il a mis au monde treize hebdomadaires au cours de ses 40 ans de carrière, le président fondateur des Éditions Nordiques, Paul Brisson, n'en croit pas un mot. Il regarde l'avancée de Quebecor sur le marché de l'information locale d'un œil sceptique. Selon lui, la réussite d'un hebdomadaire dépend de l'importance qu'il accorde à l'information et au service à la communauté. Or, Quebecor ne l'a pas compris. «La stratégie de Quebecor c'est "on entre dans le milieu, on vide le milieu, on ne fait plus d'information"», dénonce celui qui a travaillé pour le conglomérat pendant 15 ans.

«Les normes chez Quebecor sont très strictes. La possibilité de livrer l'information est limitée. À Forestville par exemple, on est incapable de produire moins de 40 pages par semaine et il y a des semaines où on doit laisser de côté de l'information. Pourtant, chez Quebecor, quand j'ai été congédié en 1995, on produisait 8 pages par semaine et on refusait d'en faire plus. À 8 pages, quand on enlève les potins, les statistiques et les sports, il reste quoi comme info? Il n'en reste plus», lance-t-il. À l'inverse, il souligne que la philosophie de l'autre géant du secteur, Transcontinental, est complètement différente. «Les gens de Transcontinental ont un respect prononcé des milieux dans lesquels ils opèrent», insiste-t-il. De fait, à ses yeux, la guerre se joue non pas à trois, mais à deux entre Quebecor, d'un côté, et Transcontinental et les indépendants, de l'autre.

Guerre de gros sous

Paul Brisson est d'ailleurs solidaire de l'éditrice d'Accès Laurentides, Josée Pilotte, qui s'est engagée dans une fronde contre Quebecor il y a une dizaine de jours. Comme elle, il dénonce une guerre des prix déloyale sur le marché publicitaire. (citation modifiée post-publication – nos excuses à M.Brisson) «La pub se vend 200 ou 300 dollars la page couleur alors que, quand on est arrivé à Baie-Comeau, c'était 1100 dollars en couleur et 900 dollars en nord et blanc», explique-t-il. Ces tarifs bradés, jumelés à des offres convergentes qui permettent aux annonceurs d'être présents sur plusieurs plateformes à la fois, a coûté d'importants bailleurs de fonds aux Éditions Nordiques, mais l'éditeur de s'avoue pas vaincu. Il fait le pari que le fort sentiment d'appartenance des lecteurs et des annonceurs à leur région, ainsi que le besoin d'information de qualité assureront l'avenir de son entreprise, aujourd'hui entre les mains de son fils, Simon.

En attendant, il espère une commission parlementaire sur la convergence. Il demande également que la Caisse de dépôt et placement du Québec se manifeste dans ce dossier à titre d'actionnaire de Quebecor Media. Il est persuadé que l'offensive de l'entreprise en région ne lui rapporte pas un sou et que, par conséquent, elle «dilapide», en partie, le bas de laine des Québécois. Josée Pilotte émet les mêmes doutes. «J'ai beau compter et recompter, calculer et recalculer, je ne vois pas comment vos hebdos peuvent ne pas se creuser des déficits d'opération astronomiques», écrit-elle au patron du conglomérat Pierre-Karl Péladeau. Au 31 décembre 2010, la Caisse de dépôt, qui a investi 3,2 milliards de dollars dans Quebecor Media au début des années 2000, évaluait son placement à 2,4 milliards de dollars, soit une perte de 25% en plus de dix ans.

Il y a un an, une coalition de plus de 3800 journalistes de plusieurs médias avait également réclamé l'intervention de la Caisse de dépôt auprès de Quebecor. Les journalistes souhaitaient alors que l'institution aide à mettre un terme au conflit de travail au Journal de Montréal. «La Caisse de dépôt et placement détient 45% des actions de l'entreprise. Le silence de cette institution financière a assez duré. La Caisse de dépôt a un rôle social à jouer dans une province tricotée serrée comme le Québec», déclaraient-ils. Mais, le pouvoir décisionnel de la Caisse dans la manière d'exploiter Quebecor Média est très limité, puisqu'elle détient une position minoritaire au conseil d'administration, soit l'élection de quatre administrateurs sur neuf membres, expliquait l'année dernière le chroniqueur Michel Girard de La Presse Affaires.

 

 

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