Mise à jour 21/10/11: Quebecor a envoyé une mise en demeure à Radio-Canada. Le conglomérat somme son concurrent de retirer immédiatement de son site web le texte intitulé «Ce que Quebecor ne vous dit pas quand elle attaque le radiodiffuseur public» et le document «Examen des arguments de Quebecor Media en faveur du libre marché». Il réclame également des excuses publiques du radiodiffuseur public pour avoir diffuser des informations «fausses et diffamatoires» «de façon malicieuse, dans le but d’interférer avec le témoignage du président et chef de la direction de Quebecor Media devant le Comité permanent de l’accès à l’information, de la protection de la vie privée et de l’éthique de la Chambre des communes».

Mise à jour 21/10/11: Quebecor a envoyé une mise en demeure à Radio-Canada. Le conglomérat somme son concurrent de retirer immédiatement de son site web le texte intitulé «Ce que Quebecor ne vous dit pas quand elle attaque le radiodiffuseur public» et le document «Examen des arguments de Quebecor Media en faveur du libre marché». Il réclame également des excuses du radiodiffuseur  public pour avoir diffuser des informations «fausses et diffamatoires» «de façon malicieuse, dans le but d’interférer avec le témoignage du président et chef de la direction de Quebecor Media devant le Comité permanent de l’accès à l’information, de la protection de la vie privée et de l’éthique de la Chambre des communes».

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Quebecor songe à lancer de nouvelles poursuites judiciaires contre Radio-Canada. Le PDG du conglomérat, Pierre Karl Péladeau, en a fait l'annonce ce matin en comité parlementaire à Ottawa. Le groupe examine ses recours légaux en réponse à un texte publié hier intitulé «Ce que Quebecor ne vous dit pas quand elle attaque le radiodiffuseur public». Ce communiqué se veut une réplique à la «campagne de dénigrement» que mène Quebecor contre CBC/Radio-Canada depuis trois ans.

La société publique estime que «Quebecor Media se présente régulièrement comme un opprimé, une victime de la concurrence déloyale d’un radiodiffuseur "subventionné par l’État"». Pourtant, elle souligne que «la réalité est tout autre», car le conglomérat a reçu «plus d’un demi-milliard de dollars des contribuables en subventions et avantages directs et indirects au cours des trois dernières années», de la part du Fonds des médias du Canada du Fonds pour l’amélioration de la programmation locale, du Fonds du Canada pour les périodiques et des Crédits d’impôt fédéraux et provinciaux remboursables pour la production cinématographique ou magnétoscopique.

Radio-Canada révèle également que «Quebecor, par l’entremise de son patron Pierre Karl Péladeau, a envoyé plus d’une douzaine de lettres au premier ministre et à d’autres membres du gouvernement pour se plaindre que Radio-Canada n’achète pas suffisamment d’espace publicitaire dans ses journaux». Par voie de communiqué, le conglomérat réplique qu'il «a fait valoir à qui voulait l’entendre qu’il est inacceptable qu’une société de la couronne comme CBC/Radio-Canada choisisse délibérément d’ignorer la plus importante entreprise de presse au Canada, une entreprise qui rejoint des millions de lecteurs chaque jour, parce qu’elle n’apprécie pas les prises de position éditoriales de ses publications».

Pierre Karl Péladeau juge la sortie de son concurrent «complètement diffamatoire». «J'ai regardé les chiffres qui ont été mentionnés et je n'ai jamais rien vu d'aussi faux et malicieux», a-t-il affirmé. Hier, en fin de journée, son entreprise se disait «stupéfaite face à l’attaque sans précédent de CBC/Radio-Canada à son égard». «Quebecor Media demande à CBC/Radio-Canada de se rétracter immédiatement et de retirer sans délai les informations fausses et malicieuses contenues dans sa communication. Quebecor Media ne tolérera pas qu’une institution de l’État canadien tente de la salir de cette façon», déclarait-elle.

Loi sur l'accès à l'information: arbalète ou bouclier

La sortie de Radio-Canada est intervenue à la veille de la comparution de Pierre Karl Péladeau en commission parlementaire dans le cadre d'une étude portant sur le respect par le diffuseur public de la Loi sur l'accès à l'information. Accusée de ne pas respecter ses obligations en vertu de cette loi, la société publique répond qu'elle se bat pour «clarifier les règles» qui protègent ses «activités de journalisme, de création ou de programmation». Le président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a d'ailleurs jugé ses règles confuses cette semaine. En parallèle, Radio-Canada nie le manque de transparence que lui reproche son concurrent. Elle argue rendre des comptes de manière régulière au Parlement, au CRTC, au vérificateur général du Canada, à son Conseil d'administration et aux citoyens.

Mais c'est insuffisant selon Quebecor qui estime que, en tant que bénéficiaire d'une subvention annuelle de plus de 1,1 milliard de dollars, CBC/Radio-Canada devrait faire preuve de «plus d’ouverture et de transparence». Les députés conservateurs siégeant ce matin au comité parlementaire se sont rangés du côté du conglomérat alors que ceux de l'opposition ont pris le parti de la société publique. «Ce qu'on voit aujourd'hui, c'est une alliance entre M.Péladeau et les conservateurs [pour] discréditer et miner Radio-Canada. On est face à une guerre commerciale. Ce n'est pas une question d'accès à l'information, ce n'est pas une question de transparence. C'est une question de gros sous et de marché», s'est insurgé le porte-parole néodémocrate pour le Conseil du Trésor, Alexandre Boulerice.

Pierre Karl Péladeau estime plutôt se battre pour le bien des contribuables qui financent le réseau public. Il a déclaré qu'il est de son droit et de son devoir de poser des questions, tâche que ses journalistes sont les seuls à pouvoir réellement assumer, car «la réalité veut que Sun Media soit actuellement le seul groupe de presse ayant la distance et l'indépendance requise pour poser ces questions au diffuseur d'État, tant les autres médias sont inféodés à Radio-Canada». Les différents médias du groupe à travers le pays publient régulièrement des articles au sujet des dépenses du réseau public en les qualifiant de «gaspillages de fonds publics».

Si le dernier texte du type (portant sur les primes au rendement distribué aux cadres de Radio-Canada/CBC) a été diffusé par La Presse, les filiales de Quebecor tiennent le haut du pavé dans ce dossier. Pierre Karl Péladeau a d'ailleurs déclaré ce matin «Je ne vois aucune enquête qui est véritablement faite de la part des autres médias». Mais le professeur Marc François Bernier, titulaire de la Chaire de recherche en éthique du journalisme à l'Université d’Ottawa, critique vivement les enquêtes du conglomérat et les chroniques qui viennent les appuyer. Pour lui, il s'agit d'«une campagne de propagande qui transgresse l’éthique et la déontologie du journalisme», d'«un détournement de la fonction sociale du journalisme afin de servir avant tout les intérêts d’une entreprise et de certains de ses dirigeants». Ce à quoi le porte-parole de Quebecor, J.Serge Sasseville, réplique que son entreprise «essaie de faire légitimement un travail d’enquête».

Pour sa part, la Guilde des médias, qui représente les journalistes de CBC/Radio-Canada et de six autres organisations médiatiques canadiennes, a elle aussi dénoncé la position de Quebecor et la comparution de son PDG en commission parlementaire aujourd'hui. Pour le président de la sous-section CBC/Radio-Canada de la Guilde, Marc-Philippe Laurin, alors que le comité devrait se pencher sur la difficulté grandissante des journalistes à avoir accès à l'information en provenance du gouvernement, il s'est plutôt retrouvé «au cœur d'une "sale guerre" visant à miner la crédibilité du radiodiffuseur public», au moment même où celui-ci s'apprête «à subir les contrecoups d'un budget fédéral qui s'annonce difficile». Dans ce contexte, Marc-François Bernier estime qu'«il est permis de croire que derrière certaines critiques de la performance de la SRC/CBC, c’est son existence même qui est réellement visée».