Les négociations entre le Syndicat des communications et la direction de Radio-Canada sont rompues. Après 26 rencontres, les deux parties estiment que les discussions ne progressent plus et en appellent à une tierce personne. Mais si la partie patronale a déclenché l’avis de différend, ce qui pourrait amener la ministre du Travail à nommer un conciliateur, du côté du syndicat, on lui préférerait un médiateur.

Les négociations entre le Syndicat des communications et la direction de Radio-Canada sont rompues. Après 26 rencontres, les deux parties estiment que les discussions ne progressent plus et en appellent à une tierce personne. Mais si la partie patronale a déclenché l’avis de différend, ce qui pourrait amener la ministre du Travail à nommer un conciliateur, du côté du syndicat, on lui préférerait un médiateur.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Tout juste reprises, déjà suspendues. Dans les négociations sur le renouvellement de la convention collective, la pause estivale n’aura pas permis aux différentes parties, à savoir le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) et la direction du télédiffuseur public, de régler leurs différends et de parvenir à faire un pas vers l’autre.

«Nous nous sommes rencontrés vingt-six fois depuis juin 2012, raconte Alex Levasseur, président du syndicat. C’est beaucoup, surtout au regard de la faible avancée de chacun des dossiers. On est en litige sur pratiquement tous les sujets importants.»

Sur la surcharge de travail notamment, et sur les mécanismes d’examen à mettre en place. À ce sujet, la Confédération des syndicats nationaux (CSN), dont la SCRC est membre, a fait travailler un groupe de chercheurs pour développer des outils.

«C’est très compliqué parce qu’il y a très peu de documentation, estime Alex Levasseur. On sait mesurer les effets de la surcharge de travail, le stress, l’absentéisme, la démotivation, l’invalidité, etc., mais la surcharge elle-même, c’est autre chose. Or les chercheurs de la CSN étaient parvenus a quelque-chose, Radio-Canada a même accepté de tester les outils sur un groupe. Et lorsque les résultats sont arrivés, nous nous sommes fait dire qu’ils n’étaient pas pertinents parce que les chercheurs étaient mandatés par le syndicat. Sur ce point, nous n’avançons pas.»

Titularisation et équité salariale

Autres points d’achoppement, la titularisation de certains emplois qui sont dans les faits, permanents, comme les édimestres et les météorologues, et surtout l’équité salariale entre les membres du SCRC, qui représente les artisans de l’information au Québec et à Moncton, et ceux de la Guilde canadienne des médias, représentant tout le reste du pays.

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«Une étude très pointue sur la grille salariale démontre un écart de rémunération important, déplore Alex Levasseur. 6,85% en moyenne, et plus grave encore, les écarts vont de 2 à 10% et les emplois les moins bien payés, qui regroupent d’ailleurs un plus grand nombre de femmes et beaucoup de journalistes qui démarrent, sont aussi ceux où cet écart est le plus grand. La direction ne conteste pas ces données mais nous appose quand même une fin de non recevoir. Or pourquoi devrions-nous accepter d’être moins bien payés que de l’autre côté de la rivière des Outaouais?»

Parce que les conventions collectives sont différentes et qu’il ne faut pas tenir compte que du niveau salarial, répond la direction, qui nie par ailleurs qu’il y ait blocage dans les négociations.

Par retour de courriel, Marc Pichette, directeur des communications de la SRC, explique plutôt que, les discussions ne progressant pas au rythme souhaité, constat partagé par les deux parties, le diffuseur public a déposé une demande de conciliation à la ministre du Travail, jeudi dernier. Ce qui démontre, selon lui, la volonté d’en arriver à une entente le plus rapidement possible. En attendant, la direction a suspendu les cinq rencontres encore au calendrier afin de reprendre les pourparlers dans un environnement favorable.

Épée de Damoclès

«Nous voulons signer une bonne convention dans l’intérêt des deux parties, écrit-il. Les discussions à la table de négociation sont complexes. Elles portent sur des notions comme la disparité salariale, la charge de travail, et doivent tenir compte du contexte financier de Radio-Canada et de l’univers des médias en pleine mutation. Devant cette complexité, nous croyons que la conciliation est une option légitime, bénéfique pour le SCRC, comme pour nous.»

Il reste une semaine à la ministre fédérale du Travail, Kellie Leitch, pour décider ou non, de nommer un conciliateur. Conciliateur qui aura soixante jours pour entrer dans le dossier et faire ses recommandations. Il pourrait notamment permettre aux parties d’obtenir leurs droits de pression respectifs, ce qui peut mener à la grève ou au lock-out.

«Sans aller jusqu’à ces extrêmes, il y a d’autres moyens de faire pression comme le refus de faire du surtemps par exemple, explique Alex Levasseur. Mais la ministre peut également décider de nommer un médiateur plutôt qu’un conciliateur, ce que nous préférerions au syndicat. Quelqu’un de bonne foi, accepté par les deux parties. Avec un conciliateur, on aurait tous l’impression d’avoir une épée de Damoclès au dessus de nos têtes.»

En attendant, les membres du SCRC sont sans convention collective depuis décembre dernier.