En décembre 2000, trois cadres géraient la Première chaîne de Radio-Canada. Dix ans plus tard, en septembre 2011, ils étaient sept, malgré les vagues de compressions successives. À la télévision, uniquement dans le secteur «culture, variétés et société», ils sont passés de 6 à 12, en autant de temps.

Voir aussi: Compressions à CBC/Radio-Canada: les cadres ne font pas leur part, selon les syndicats

En décembre 2000, trois cadres géraient la Première chaîne de Radio-Canada. Dix ans plus tard, en septembre 2011, ils étaient sept, malgré les vagues de compressions successives. À la télévision, uniquement dans le secteur «culture, variétés et société», ils sont passés de 6 à 12, en autant de temps.

Pour le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC), le Syndicat des techniciens et artisans du réseau français (STARF), le Syndicat canadien de la fonction publique section 675 (SCFP-675) et l'Association des réalisateurs (AR), il n'y a pas de doute: le rouleau compresseur est sélectif. Les cadres ont été épargnés depuis dix ans et le seront encore selon le plan de compression actuellement mis en œuvre. Plan qui prévoit l'abolition de 650 postes permanents à temps plein d'ici trois ans – les emplois contractuels, surnuméraires ou à temps partiel ne sont pas comptabilisés dans cette estimation.

Jean Gagnon, président de l'Association des réalisateurs – Photo Anne Caroline Desplanques

«Les compressions doivent être faites de façon équitable», a lancé le président de l'AR, Jean Gagnon, devant une centaine d'artisans réunis devant la tour de Radio-Canada à Montréal, aujourd'hui. Selon lui, la direction ment quand elle affirme que 12% des 650 postes abolis seront des emplois de cadres. «À Montréal il va y avoir 15 postes de cadres abolis, là-dessus il y en a cinq qui sont déjà vacants. À Toronto, il va y en avoir 20. 15 plus 20 ça fait 35, pas 78, donc ça fait 5% de 650. En plus, ils jouent avec les chiffres en comptant les superviseurs dans le lot des cadres, mais ce sont des syndiqués», a-t-il expliqué.

Le front commun syndical réclame également que les cadres renoncent à leurs primes de rendement comme le font d'autres employés fédéraux dans le cadre du plan de réduction du déficit. Représentant 24 M$ sur 3 ans, à raison de 8 M$ par an, ces «rémunérations incitatives liées à l'atteinte des objectifs» – pour citer la direction – représentent 20% des 115 M$ de réductions budgétaires imposés au réseau public. «Les cadres ne crèveraient pas de faim, ils ont d'assez bons salaires, et ça pourrait faire jusqu'à 400 emplois sauvés sur un an. Il y a un choix moral à faire», estime Jean Gagnon.

Autour de lui, les hot-dog fumants servis aux employés avaient un goût amer. Plusieurs soulignaient qu'il était temps que le syndicat fasse une sortie publique au sujet du traitement des cadres et reprenaient une expression depuis longtemps en vogue dans les corridors de la tour: «il y a plus de chefs que d'Indiens». Quant à la rencontre qui doit réunir les parties patronale et syndicale le 3 mai, peu y voyaient une lueur d'espoir. Beaucoup, du côté de Radio-Canada International notamment, se préparent plutôt à recevoir leur lettre de licenciement. Les premières doivent commencer à arriver aujourd'hui même.

Une centaine de personnes réunies ce midi devant la Maison de Radio-Canada – Photo Anne Caroline Desplanques

La direction a pour sa part répondu à la sortie syndicale par un très bref communiqué. «Les trois dernières semaines ont été difficiles pour tout le monde à CBC/Radio-Canada et c'est ce que nous entendons dans l'intervention des syndicats aujourd'hui, indique-t-elle. (…) Nous avons proposé une rencontre avec les syndicats la semaine prochaine afin de les aider à mieux comprendre les décisions que nous avons prises et que nous mettrons en oeuvre au cours des trois prochaines années.»

Face à cette réponse, Jean Gagnon a peu d'espoir que la rencontre du 3 mai permette de changer la cible des compressions. Chiffres en main, les syndicats se tournent donc directement vers le gouvernement dans l'espoir qu'il intervienne. «Même si officiellement il y a une distance entre le gouvernement et Radio-Canada, ce qui est une bonne chose, peut-être que [les conservateurs] n'aimeraient pas voir les choix [que l'employeur] fait, peut-être que politiquement ça les fait mal paraître», a souligné le représentant des réalisateurs.

 

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