Radio-Canada est morte, vive Ici! Ça, c’était la semaine dernière. Devant la fronde engendrée par l’annonce de ce changement de marque, le radiodiffuseur public vient de reculer. Soupir de soulagement du côté de la salle des nouvelles et des équipes dédiées aux émissions, où l’on fustige cependant un bon gros gâchis.

Radio-Canada est morte, vive Ici! Ça, c’était la semaine dernière. Devant la fronde engendrée par l’annonce de ce changement de marque, le radiodiffuseur public vient de reculer. Soupir de soulagement du côté de la salle des nouvelles et des équipes dédiées aux émissions, où l’on fustige cependant un bon gros gâchis.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

400 000 dollars. C’est ce qu’aurait payé Radio-Canada à Cohésion Stratégies et Parallèle, les deux firmes qui ont travaillé au rebranding de la SRC. Lise Ravary ne croit pas à ce chiffre et dès mercredi dernier, jour de l’annonce de ce repositionnement, elle a pris sa plus belle plume pour expliquer sur son blogue au Journal de Montréal pourquoi ça devait avoir coûté bien plus, et pourquoi surtout, la nouvelle marque était inappropriée et ne prendrait pas.

Dans la foulée, les foudres se sont abattues sur la direction de Radio-Canada. Du Québécois moyen jusqu’à l’Honorable James Moore, ministre de la culture et du patrimoine du Canada, en passant par la twittosphère, personne qui ne se régale de cette nouvelle dénomination. Et ce n’est certainement pas du côté des journalistes qu’il faut lorgner pour lui trouver des défenseurs.

L’affaire fait grand bruit et se retrouve même dans les colonnes du New-York Times.

Grand pas en arrière

La direction entre alors en cellule de crise et fait, lundi, un grand pas en arrière.

«Nous sommes désolés de la confusion créée autour de l’introduction du terme Ici comme dénominateur commun de nos plateformes, déclare Hubert Lacroix, PDG de Radio-Canada/CBC. Notre objectif n’a jamais été d’évacuer Radio-Canada et tout ce qu’elle représente.»

Ainsi, trois des dix propriétés de la marque préservent le terme de Radio-Canada dans leur nouvelle appellation. La télévision devient Ici Radio-Canada Télé, la radio, Ici Radio-Canada Première et le site internet, Ici Radio-Canada.ca.

Inacceptable!

Ouf de soulagement du côté de la salle des nouvelles et des émissions.

«Les journalistes tiennent à Radio-Canada, affirme Alex Levasseur, président du Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC-CSN). C’est une marque connue et aimée. En la perdant, ils perdaient un peu de leur âme et de leur raison d’être  en tant que professionnels travaillant pour le service public. D’autant qu’«ici», est un mot qui n’a aucun sens. Prenons mon cas, je suis reporter à la télévision: j’aurais signé mes reportages Alex Levasseur, pour Ici à Québec? C’est dénué de sens! Et que des grands spécialistes du branding n’y ait pas pensé, c’est inacceptable!»

Inacceptable également la somme investie dans ce projet à l’heure où le diffuseur public traverse une période difficile. 400 000 dollars, c’est le salaire annuel de huit journalistes au premier échelon. Or, le syndicat affirme avoir perdu une centaine de membres (journalistes, recherchistes, animateurs, documentalistes, etc.) depuis seulement un an.

La fin de la bandeapart.fm

Six postes ont encore fermé la semaine dernière dans les bureaux de l’est du Québec. La publicité va faire son apparition à la radio après quarante ans d’absence. La couverture de l’international est délaissée et l’émission hebdomadaire qui lui était consacré, Une heure sur terre, ne reprendra pas l’antenne l’automne prochain. Classe économique ne reviendra pas non plus à la rentrée sur les ondes de la future Ici Première. Sans parler du site la bandeapart.fm. Ce spécialiste des musiques émergentes se voit désormais noyé au sein d’espace.mu et les émissions sont arrêtées.

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«Ça fait plusieurs années que les nouvelles ne sont pas bonnes, résume Alex Levasseur. La salle des nouvelles et les équipes des émissions sont moroses. Le climat se détériore. Personne n’est sûr d’avoir du travail le mois prochain, même du côté des permanents. Beaucoup de contrats ne sont pas renouvelés. L’insécurité est constante. Comment être heureux dans ses conditions? Les journalistes ne sortent pas sur la place publique pour dire leur mécontentement de peur d’être identifiés par la direction, ajoute-t-il. Mais ils en discutent au sein de leur équipe et demandent au syndicat de prendre la parole.»

L’effet d’une bombe

Difficile effectivement de recueillir des témoignages, même chez les journalistes les mieux implantés, supposément intouchables. Sous couvert d’anonymat, les langues se délient légèrement.

Une recherchiste évoque le surplus de travail, équipe réduite oblige. Un reporter, pourtant permanent, avoue  commencer à lorgner du côté des offres d’emploi.

«L’annonce de la semaine dernière a eu l’effet d’une bombe dans la salle des nouvelles, raconte-t-il. Et puis, on s’est aperçu qu’on n’était pas tout seul a trouver cette décision ridicule. Les patrons ont reculé, mais quel bon gros gâchis!»

Un pilote sans permis?

Un gâchis difficile à comprendre. N’y aurait-il plus de pilote dans l’avion à Radio-Canada?

«Il y en a un de pilote, répond Alex Levasseur. Mais a-t-il seulement son permis? Hubert Lacroix mène tout, il décide de tout. Quels sont ses objectifs? Difficile à dire, il reste très discret quant à sa feuille de route. Ce qui est certain, c’est que ce qu’on nous demande de faire à Radio-Canada ressemble de plus en plus à de la radio et de la télévision privées. Et ceux qui ne cadrent pas avec cette nouvelle orientation se voient montrer la porte.»

Anne Sérode démissionne

Force est de constater qu’il y a du mouvement ces derniers mois à la tête de Radio-Canada. Sylvain Lafrance et Alain Saulnier, respectivement vice-président et directeur de l’information ont été débarqués il y a 18 mois, remplacés par Louis Lalande et Michel Cormier. Le nouveau patron de l’information est assisté de Marie-Philippe Bouchard pour internet et les services numériques, de Luce Julien à l’information continue et de Paule Genest à RDI.

Quant à la Première Chaine, elle se retrouve aujourd’hui orpheline, Patrick Beauduin en ayant quitté la tête en mai pour raison de santé et Anne Sérode ayant claqué la porte il y a une dizaine de jours.

Selon Alex Levasseur, elle n’était plus à l’aise à travailler dans cet environnement.

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