Selon les chiffres de Service Canada, environ 15% des journalistes travaillent à la pige. Que ce soit par choix ou en attendant un poste permanent, il n’est pas tous les jours facile de trouver la motivation nécessaire pour se mettre au travail de manière autonome. Le petit manuel du travail autonome – conseils et témoignages pourrait bien être d’une aide précieuse.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Attention, avoir cet ouvrage entre les mains durant vos vacances pourrait presque vous donner l’air d’être un intellectuel! C’est du moins l’avis de la Bible urbaine, qui classe le Petit manuel du travail autonome dans son top 10 de cette catégorie.

Vous ne serez peut-être pas plus intelligent après l’avoir refermé, mais sans doute plus relax vis-à-vis de votre statut de travailleur autonome. D’abord parce que si vous le lisez effectivement durant vos vacances au chalet, c’est que vous avez suivi un des conseils numéro un des deux auteures Judith Lussier et Martine Letarte, elles-mêmes journalistes à la pige, celui de partir loin du bureau, donc de la maison.

«Si les vacances  à domicile ont connu un regain de popularité depuis la dernière crise économique, écrivent-elles, il ne saurait en être de même pour les personnes qui passent les trois quarts de leur vie dans leur maison. Pour ces travailleurs, il peut être nécessaire de partir en voyage pour véritablement décrocher. C’est ce qui fonctionne le mieux pour l’ébéniste Guillaume Ménard. «Ici, le téléphone sonne et je me sens obligé de répondre. En voyage, je ferme le téléphone», dit-il.»

Une mine de témoignages

Guillaume Ménard fait partie de toute la palette de travailleurs indépendants rencontrés par les deux journalistes afin de réaliser cette ouvrage. Ostéopathe, auteure, maquilleuse, photographe, ethnologue, interprète, compositeur, architecte, courtière immobilière, nutritionniste et même journaliste… une multitude de profils se sont prêtés au jeu de l’entrevue, acceptant de partager leurs frustrations et leurs angoisses, mais aussi leurs trucs pour bien s’en sortir en tant que pigiste.

Mais ce manuel n’a pas la prétention de fournir la recette miracle. Les auteures, Martine Letarte et Judith Lussier, le décrivent plutôt comme un témoignage.

«Un témoignage de ce que nous, travailleurs autonomes, avons fait pour nous lancer à notre compte, écrivent-elle en introduction. Comment nous sommes-nous organisés pour gagner en efficacité? Quels ont les avantages et les réels inconvénients de quitter le salariat? Avons-nous fait le saut d’un coup ou progressivement? Comment avons-nous su trouver cette discipline qui semble si mystérieuse à tant de salariés? Quand avons-nous appris à dire non? Comment avons-nous su gérer l’angoisse de ne plus recevoir une paye le jeudi? Quelles erreurs aurions-nous pu éviter?»

Travailler en mou

Pour répondre à ces questions, Mmes Letarte et Lussier racontent la petite histoire personnelle de chacun de leurs témoins et se fient également à des experts ès organisation, psychologue, conseiller en sécurité financière, comptable et autre ergonome.

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Un livre qui permettra peut-être aussi à certains travailleurs autonomes de cesser de culpabiliser. Vous ne prenez pas le temps de sauter dans la douche le matin et ne vous rasez pas ou ne vous maquillez pas avant votre tête à tête journalier avec votre ordinateur? Vous n’êtes pas tout seul!

«Si on imagine les gens travaillent à la maison en costume de jogging ou en robe de chambre, c’est parce que c’est vrai pour plusieurs d’entre eux, écrivent les auteures. Pensez-y. Ça ferait un peu bizarre, non, de s’installer en tailleur et talons hauts seule chez soi, toute la journée devant son ordinateur? Plusieurs travailleurs autonomes optent donc pour des vêtements plus confortables. Le matin par exemple, la tendance est au pyjama.»

Tribune téléphonique pour âmes esseulées

Sur un ton sympathique, voire complice, Judith Lussier et Martine Letarte commencent par confirmer ou déconstruire certains mythes. Non, tous les travailleurs autonomes ne sont pas dans l’attente d’une permanence. Oui, il est possible de se discipliner alors que les distractions sont infinies et que personne n’est sur votre dos, suffit d’avoir des dates de tombée à respecter. Non, ce n’est parce qu’ils vont en plein après-midi à l’épicerie qu’ils ont pris une journée de congé. Et surtout, non, ils ne sont pas oisifs.

«Puisque beaucoup croient à tort qu’il a plein de temps libre et qu’on ne le dérange jamais, écrivent les auteures, le travailleur autonome devient souvent une sorte de tribune téléphonique pour âmes esseulées, en vacances ou en congé de maladie. On se sent à l’aise de l’appeler à toute heure du jour pour jaser de tout et de rien.»

De quoi leur faire perdre leurs précieuses économies en temps de transport:

 «L’heure de pointe? La congestion sur le pont Champlain? Les wagons de métro bondés? L’odeur? Le covoiturage avec un collègue casse-pied? Les cascadeurs du dimanche envahissant les pistes cyclables du lundi au vendredi? Non merci! En sortant du lit, nous sommes déjà prêts à travailler, quitte à faire se chevaucher le déjeuner et la gestion des courriels.»

Sans être révolutionnaire, ce Petit manuel du travail autonome est plein de fraicheur. Et chacun y trouvera de petites choses auxquelles il n’avait pas pensé et qui l’aideront à s’organiser et à mieux gérer son stress et sa dépendance au travail.

Le petit manuel du travail autonome – conseils et témoignages, Martine Letarte et Judith Lussier (La Presse)