Une nouvelle campagne de sociofinancement lancée par des journalistes est en cours sur la plateforme Indiegogo, afin de créer un nouveau média, qui en réponse à l’ultra-concentration de l’industrie, se veut véritablement indépendant. Offert en français et en anglais, Ricochet a pour objectif de réunir les deux solitudes, tout en réalisant des reportages difficilement publiables ailleurs sans entrer en conflit avec les intérêts des propriétaires.

Une nouvelle campagne de sociofinancement lancée par des journalistes est en cours sur la plateforme Indiegogo, afin de créer un nouveau média, qui en réponse à l’ultra-concentration de l’industrie, se veut véritablement indépendant. Offert en français et en anglais, Ricochet a pour objectif de réunir les deux solitudes, tout en réalisant des reportages difficilement publiables ailleurs sans entrer en conflit avec les intérêts des propriétaires.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«Convergence médiatique, réduction des effectifs, publicité omniprésente: le monde du journalisme est en crise, peut-on lire sur la page Indiegogo de Ricochet, sensée convaincre le quidam de soutenir l’opération. Les mises à pied de Radio-Canada et la restructuration des grands journaux affaiblissent notre démocratie et concentrent l’information entre les mains des grands conglomérats. Il est temps de changer les choses. Les marges de profit ne peuvent plus primer sur le journalisme. Avec votre aide, nous voulons lancer un nouveau journal pancanadien, indépendant et entièrement publié sur le web: Ricochet, un espace qui réunit journalisme de fond, chroniques incisives et blogues.»

Un média vraiment indépendant? Non soumis aux intérêts économiques des propriétaires ou des annonceurs? Le discours a l’air de séduire puisqu’avec plus de 47 000 dollars déjà amassés, la campagne de sociofinancement a déjà recueilli 63% des 75 000 dollars escomptés… et il reste encore douze jours.

«Il faut croire que nous sommes arrivés au bon moment, commente Gabrielle Brassard-Lecours, journaliste indépendante et cofondatrice de ce nouveau média. Du point de vue des donateurs, on sent une véritable prise de conscience. Ils nous disent que l’information n’est pas aussi libre au Québec qu’elle devrait l’être dans une démocratie comme la nôtre, qu’il y a une vraie place à prendre, un besoin à combler. Du côté des journalistes, on sent que nous représentons comme une vague de fraicheur, ajoute-t-elle. Beaucoup de pigistes, mais même des employés, surtout surnuméraires et qui ont peur pour leur job avec toutes les coupures annoncées un peu partout, viennent nous voir avec des sujets qu’ils n’arrivent pas à placer ailleurs.»

Ligne éditoriale progressiste

Le but donc, devenir en quelque sorte, le Médiapart d’ici. Sortir les vraies affaires, hors de toute censure ou autocensure dues au copinage ou à des intérêts économiques quels qu’ils soient. Le tout, à la grandeur du pays puisque le site sera bilingue et que les membres de l’équipe éditoriale opèrent aussi bien depuis Montréal que Toronto ou Vancouver.

Mme Brassard-Lecours explique par exemple que Ricochet pourrait creuser le dossier Enbridge d’un océan à l’autre, sans autre considération à prendre en compte que la seule volonté d’informer le public sur ce qui se trame derrière des portes closes en matière de transport de pétrole et de gaz, et sur les conséquences écologiques et économiques.

Des dossiers qui seront traités sans parti pris aucun?

«Ne nous cachons pas, notre ligne éditoriale est progressiste, assume la cofondatrice. Ce n’est pas compliqué, nous souhaitons faire ce que les autres médias ne font pas… et il faut bien admettre que le paysage médiatique canadien est en l’occurrence plutôt conservateur. Nos choix de sujets seront donc progressistes mais ils seront ensuite traités avec toute la rigueur et l’objectivité journalistiques. Nous aurons également des chroniqueurs, nous avons déjà annoncé par exemple que Gabriel Nadeau-Dubois serait de la partie. Des gens qui sont marqués politiquement et socialement. Plutôt à gauche c’est vrai, mais pas seulement. Quoi qu’il en soit, personne n’ignore le positionnement d’André Pratt à La Presse, et ça n’empêche pas la salle de nouvelles de faire un travail rigoureux et professionnel.»

Accès gratuit

Cette première campagne de sociofinancement servira à créer la plateforme web et à payer les journalistes qui travailleront sur les premiers dossiers. Car Ricochet souhaite rémunérer ses pigistes dès leur première collaboration, en s’alignant au moins sur les standards exigés par l’Association des journalistes indépendants (AJIQ).

Par la suite, le nouveau média compte accepter aussi la publicité, mais se donne le droit de refuser des annonceurs qui ne colleraient avec les valeurs, la mentalité et la ligne éditoriale du nouvel organe. D’autres campagnes de sociofinancement pourraient être lancées plus ponctuellement afin d’amasser assez d’argent pour permettre à un journaliste de travailler sur un sujet en particulier.

«On pourrait proposer des dossiers inédits, des enquêtes de longue haleine, et demander à la communauté de les financer, explique Gabrielle Brassard-Lecours. Car il ne s’agira pas pour nous de traiter de l’actualité chaude, il y a déjà trop d’acteurs sur ce terrain. Or l’enquête, ça coute cher.»

Et à la différence de Médiapart, l’accès à Ricochet sera entièrement gratuit, les abonnements proposés n’étant en fait qu’une manière pour les lecteurs de soutenir volontairement le média. Si les revenus le permettent, les fondateurs pensent déjà à lancer une application tablette. Le site internet quant à lui, devrait voir le jour dès la fin du mois d’aout.

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