Dans son livre intitulé Les débats télévisés en 36 questions-réponses, le chercheur Gaël Villeneuve aide le public à comprendre comment fonctionnent les débats politiques. Ainsi selon lui, si les journalistes cherchent la perle, la perte de contrôle, les politiciens tentent de mettre leur adversaire au tapis sans employer la violence. Tous se prêtent donc au jeu. Et à la télé. Ce média encore et toujours au centre de la vie sociale.

Dans son livre intitulé Les débats télévisés en 36 questions-réponses, le chercheur Gaël Villeneuve aide le public à comprendre comment fonctionnent les débats politiques. Ainsi selon lui, si les journalistes cherchent la perle, la perte de contrôle, les politiciens tentent de mettre leur adversaire au tapis sans employer la violence. Tous se prêtent donc au jeu. Et à la télé. Ce média encore et toujours au centre de la vie sociale.

Par Chantal Francoeur, professeure de journalisme à l’École des médias de l’UQÀM et membre du comité éditorial de ProjetJ

Impossible, pour un journaliste, de répondre «non» à la question «as-tu écouté le débat des chefs hier?»

Même s’il ne le couvre pas. Même s’il en fait une allergie. C’est un rendez-vous obligé, épluché avant, pendant et après. Les reporters les plus blasés ont, eux aussi, le cœur qui bât plus vite quand le thème de l’émission spéciale résonne. Le débat des chefs, c’est le moment «non-rationnel» du choix des électeurs, et les journalistes veulent être les témoins de cette «heure de vérité».

Le chercheur Gaël Villeneuve a fait sa thèse de doctorat sur cette heure de vérité. Une thèse qu’il a transformée en livre, sous forme de questions et réponses. Trente-six chapitres où il partage ce qu’il a tiré des entretiens avec les acteurs des débats et de l’observation de leur travail. Il analyse à la fois les débats des chefs et les talk-show où les invités polémiquent sur des sujets controversés.

Il développe des thèmes comme: «Pourquoi le présentateur du débat interrompt-il souvent ses invités dès que ceux-ci développent leurs propos?» L’auteur répond: parce que le débat est chorégraphié et il faut suivre le synopsis. «Pourquoi les invités des débats télévisés sont-ils aussi souvent des hommes?» Parce que les femmes sont sous-représentées dans les lieux de pouvoir.

Mais quand elles participent, les femmes ont un avantage, selon une interviewée: «parce que les hommes politiques ne savent pas comment nous empoigner, comment nous répondre.»

Le livre de Gaël Villeneuve parle aussi de la vie politique en France et livre des anecdotes sur la Grande-Bretagne, l’Afrique, et ailleurs. Il s’adresse au citoyen qui suit les débats, mais n’en connaît pas les coulisses.

Il fait le point sur les forces et les limites de l’exercice: «Pourquoi certaines questions ne sont-elles jamais abordées au cours du débat», comme la pertinence de «la dissolution de l’économie capitaliste»? Parce qu’on y discute «surtout des options proposées par les partis majoritaires». «D’où vient la tension d’un débat?» Du fait que les personnes présentes croient que «l’émission constitue un moment crucial de la compétition électorale.» Moment crucial si vif qu’il peut provoquer «quelques éclats de frustration et des accès de violence, comme ce ‘vous êtes des fumistes qui dépensez notre argent en frais’ lancé à Ségolène Royal» en 2007.

L’ouvrage explique aussi les aspects frustrants des débats: «Sont-ils conçus pour nous aider à choisir parmi les candidats qui se présentent aux élections?» Oui, mais non: «Oui, mais pas sur le mode du ‘choix rationnel’, car les débats sont plutôt organisés pour parler à nos émotions.» «Pourquoi les journalistes du débat évitent-ils de donner leur opinion?» Pour respecter leur devoir de neutralité et d’indépendance. «Pourquoi les élus qui débattent sont-ils aussi rarement d’accord?» Parce qu’ils veulent construire et affirmer leur identité politique.

L’auteur ajoute: «Les leaders politiques les plus acharnés à éliminer leurs adversaires ne peuvent s’empêcher de polémiquer avec eux, même en leur absence.»

En répondant à la question: «Pourquoi les organisateurs cherchent-ils à faire dire aux invités des choses qu’ils ne semblent pas vouloir dire?», Gaël Villeneuve décrit le vœu des animateurs de débat: «Les journalistes souhaitent que leurs émissions soient un lieu où ‘quelque chose se passe’.» S’ils y parviennent, le débat devient un événement. Et cet événement a eu lieu dans leur émission.

Il ajoute une explication: «Les journalistes tirent leur utilité sociale de leur capacité à rompre le contrôle que les détenteurs d’une autorité maintiennent sur leur image publique.» Voilà pourquoi les journalistes s’intéressent à ce qui obligera les invités à sortir des messages formatés. Ils cherchent ce qui leur permettra d’éviter que la manchette, après le débat, soit: «Peu de surprises au débat des chefs».

Gaël Villeneuve, Les débats télévisés en 36 questions-réponses. Éditions Presses universitaires de Grenoble, 2013.

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