L'attitude des journalistes dans le processus d'acquisition de Rue Frontenac par l'homme d'affaires Marcel Boisvert «ressemble à une tentative d'extorsion», selon Michel Strecko, le conseiller du nouveau propriétaire du site.

L'attitude des journalistes dans le processus d'acquisition de Rue Frontenac par l'homme d'affaires Marcel Boisvert «ressemble à une tentative d'extorsion», selon Michel Strecko, le conseiller du nouveau propriétaire du site.

Déçu qu'ils aient quitté le navire en bloc vendredi, Michel Strecko estime que les ex lock-outés du Journal de Montréal ont laissé passer «une formidable occasion de construire un média indépendant» pour des considérations salariales. Selon lui, ils réclamaient une trentaine de salaires de 40 à 60 000 dollars par an et ont jeté l'éponge quand ils ont constaté que leur demande ne pourrait être satisfaite dans l'immédiat.

Le journaliste Jean-François Coderre, membre du comité chargé de négocier la vente du site, se défend. «Il n'y avait pas de coûts d'acquisition. Ce que nous demandions c'était des salaires décents et Marcel Boisvert n'a pas semblé y voir d'inconvénient pendant les cinq ou six semaines qu'ont duré nos discussions», explique-t-il. L'homme d'affaires n'a cependant jamais versé un sou, note le journaliste.

Il n'en a simplement pas eu le temps, les journalistes se sont retirés avant, selon Michel Strecko. Pourtant présenté comme un simple conseiller de Marcel Boisvert, il affirme avoir des fonds personnels à investir dans Rue Frontenac et s'être lui-même impliqué pour régler les trois poursuites judiciaires qui pèsent contre le site et ses artisans. Il explique également avoir présenté avec succès le modèle d'affaires élaboré pour le site à plusieurs potentiels investisseurs.

Ce modèle repose sur trois entreprises: une société des rédacteurs qui aurait le plein contrôle sur le contenu éditorial du site et à laquelle serait attribué un budget pour les salaires, une société de commercialisation fondée sur le modèle de Branchez-vous.com, et une fondation qui viendrait financer le travail journalistique.

Mais pour Jean-François Coderre, peu importe les plans élaborés, l'omniprésence de Michel Strecko dans le dossier rend toute négociation impossible. «C'est lui qui tirait les ficelles derrière Marcel Boisvert depuis le début. Or, c'est visiblement quelqu'un qui n'est pas droit. On ne peut pas lui faire confiance.»

Trouvé coupable d'extorsion dans un dossier remontant au début des années 2000, le physicien est mêlé à plusieurs poursuites. Il estime néanmoins les doutes des journalistes «farfelus» et se sent jugé «comme au temps de l'Inquisition». Il met également en doute le droit des professionnels de l'information de disposer des archives de Rue Frontenac. Elles font partie, selon lui, des actifs de la société et sont donc protégées en vertu de Loi sur la faillite et l'insolvabilité.

Jean-François Coderre précise qu'il a été clairement établi avec le syndic de faillite que les archives ne font pas partie des actifs. Les créateurs en possèdent tous les droits, car ils n'ont jamais été rémunérés et n'ont pas signé de cession de droit au nouveau propriétaire.

Les deux parties se rencontreront vendredi pour discuter de la suite des choses. Pour Jean-François Coderre, cette rencontre doit se résumer à faire l'inventaire du matériel appartenant à Rue Frontenac, mais Michel Strecko se dit prêt à poursuivre l'aventure. «Je comprends qu'ils ont vécu deux années difficiles, mais s'ils tiennent toujours à leur rêve de créer un média indépendant au Québec, je suis prêt à les aider. Vous parlez à un homme de science à qui on a donné un défi, je vous réponds que l'on peut trouver une solution mathématique à tout problème.»

 

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