Créé sans investisseurs ni groupe de presse, Rue89 cède 100% de son capital au fondateur et patron du groupe Nouvel Observateur, Claude Perdiel, qui chapeaute également les magazines Challenges et Sciences & Avenir. Après quatre an de lutte, les cofondateurs du site se disent «usés». Ils ont choisi de faire «le deuil d'un rêve entreprenarial». Pour la chef du service médias du magazine Télérama, Emmanuelle Anizon, «c'est la fin d'un rêve, celui du premier site web d'information générale indépendant».

Créé sans investisseurs ni groupe de presse, Rue89 cède 100% de son capital au fondateur et patron du groupe Nouvel Observateur, Claude Perdiel, qui chapeaute également les magazines Challenges et Sciences & Avenir. Après quatre an de lutte, les cofondateurs du site se disent «usés». Ils ont choisi de faire «le deuil d'un rêve entreprenarial». Pour la chef du service médias du magazine Télérama, Emmanuelle Anizon, «c'est la fin d'un rêve, celui du premier site web d'information générale indépendant».

«La concurrence s'est renforcée: les sites des journaux se sont améliorés, d'autres «pure players» se sont créés. L'idée d'affronter une deuxième récession, en 2012, c'était trop. Je n'aurais pas voulu que les 25 salariés de Rue89 affrontent un plan social», confie le président du site, Pierre Haski, à Télérama. «La mutation numérique de l’ensemble des médias dans un contexte de crise rend nécessaires les alliances et les regroupements», explique-t-il par voie de communiqué. «Ensemble, nous pourrons mieux relever les défis enthousiasmants de la révolution numérique et garantir une information de qualité.»

Pierre Haski précise que si l'équipe de Rue89 renonce à sa liberté entrepreunariale, elle conserve néanmoins son indépendance éditoriale. «Tout en s'intégrant dans le groupe du Nouvel Obs, Rue89 restera un site autonome, et les fondateurs (Pierre Haski, président, Laurent Mauriac, directeur général, Pascal Riché, rédacteur en chef) continueront à en assurer la direction comme auparavant», explique-t-il. Cette alliance va de plus permettre à Rue89 de grandir, car quatre ou cinq nouveaux journalistes se joindront à l'équipe dès janvier, ce qui constitue une croissance de 10% de la rédaction.

Fondé par d'anciens journalistes du quotidien Libération, Rue89 a, dès ses débuts, attiré les sympathies d'une bonne part du milieu journalistique français. Lancé en mai 2007 au cours de l'élection présidentielle ayant porté Nicolas Sarkozy au pouvoir, le site orienté à gauche s'est rapidement installé dans les habitudes de milliers de lecteurs, atteignant, ainsi, l'étape symbolique du million de visiteurs l'année suivante. Le modèle a même fait des petits. Au Québec, le coprésident de BV Media (ex-éditeur de Branchez-vous.com), Patrick Pierra, se lance lui aussi dans l'aventure en lançant Québec89 en 2009. Le rejeton montréalais n'a pas fait long feu, mais ceux de Lyon et du Japon sont toujours actifs.

L'échec de la gratuité

La renommée paie cependant bien peu. Tous les clics ne se convertissent pas en dollars, mais en maigres cennes noires. Quatre ans après sa fondation, Rue89 termine l'année 2011 dans le rouge, déclarant un déficit de 400 000 euros. «Le modèle fondé sur la pub a montré ses limites: quand on a démarré en 2007, on nous disait: un million de visiteurs uniques par mois, c'est un million d'euros de recettes publicitaires. C'est faux. On a 2 millions de visiteurs uniques, et on n'arrive pas au million pour la pub», explique Pierre Haski.

Face au sort de son concurrent, le cofondateur de Mediapart, Edwy Plennel, souligne dans Le Point que «pour l'information de qualité, la recherche de faits nouveaux – je ne parle du commentaire -, il n'y a qu'un seul modèle viable: le paiement». Contrairement à ses collègues de Rue89 qui ont fait le pari de la gratuité dès le début, l'ancien directeur de la rédaction du Monde est un féroce défenseur de l'information payante. Après trois ans de services, grâce aux abonnements, son entreprise compte 55 000 abonnés actifs et déclare cette année 500 000 euros de bénéfice pour 5 millions de chiffres d'affaires, ce qui lui permet de rémunérer 27 journalistes permanents et plusieurs pigistes.

(paragraphe modifié le 22/12/11) Au Québec, il n'y a aucune plateforme similaire à Mediapart. Néanmoins, le quotidien Le Devoir a réussi là où Rue89 a perdu: d'une crise à l'autre, il jalouse son indépendance depuis plus de 100 ans. Vendu plus cher que ses concurrents en kiosque, le journal se distingue également en ligne où il a fait le choix du mur payant dès ses premiers pas numériques. L'éditeur, Bernard Descôteaux, ne regrette pas ce choix qui permet aujourd'hui au site d'être rentable. «On ne pouvait pas se permettre de tout offrir en ligne gratuitement et de perdre des revenus d'abonnements. Nous avons aussi toujours été convaincus que pour produire du contenu de qualité, il faut des ressources financières et que la publicité ne suffit pas», déclarait-il en août 2010.

Edwy Plennel va plus loin en liant les abonnements à l'indépendance journalistique. «Le paiement contient en soi l'idée d'indépendance et de confiance du lecteur. Quel meilleur gage d'indépendance que de dépendre uniquement de ses lecteurs pour vivre? Le beau défi de la presse, c'est de créer de la richesse afin de ne pas dépendre d'un mécène qui fait les fins de mois», estime-t-il.

 

 

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