L'explosion de bombes fumigènes dans le métro de Montréal hier matin occupe le haut du pavé médiatique depuis plus de 24 heures. Des photos de suspects fournies par les services policiers ont été largement relayées hier, et les noms et l'adresse de deux d'entre eux ont été révélés ce matin, alors qu'une perquisition était en cours à leur domicile. Sur les réseaux sociaux, leur procès a déjà commencé, plusieurs réclamant une peine de prison.

L'explosion de bombes fumigènes dans le métro de Montréal, hier matin, occupe le haut du pavé médiatique depuis plus de 24 heures. Des photos de suspects fournies par les services policiers ont été largement relayées hier, et les noms et l'adresse de deux d'entre eux ont été révélés ce matin, alors qu'une perquisition était en cours à leur domicile. Sur les réseaux sociaux, leur procès a déjà commencé, plusieurs réclament une peine de prison.

Quelques heures après l'explosion des fumigènes, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a appelé la population à l'aider à identifier les suspects. Il a diffusé des photos de quatre personnes soupçonnées d'être à l'origine des méfaits. Habituellement prompts à dire que leur rôle n'est pas d'aider la police, journalistes et médias ont relayé en masse ces images prises par des citoyens en enjoignant toute personne possédant des informations à communiquer avec Info-Crime Montréal.

Ce matin, les journalistes se sont massés devant l'appartement de deux suspects alors que le SPVM procédait à une perquisition. Rapidement, le quotidien La Presse et l'Agence QMI ont diffusé les noms des deux personnes visées par la perquisition et des détails sur leur lieu de résidence, dont plusieurs photos, qui permettaient clairement d'identifier leur adresse exacte. Radio-Canada.ca a choisi de ne pas identifier les supects en soulignant que «plusieurs noms circulent dans les médias sociaux». Néanmoins, la photo qui accompagnait le texte ne laissait pas de toute sur l'adresse.

Devait-on révéler les noms et l'adresse des suspects du métro? À cette question posée sur Twitter par ProjetJ, l'internaute Caroline Manseau répond «En aucun cas!! On ne révèle pas l'adresse des criminels reconnus coupables. Pkoi celle de suspects?». Que recommandent les codes d'éthique et de déontologie journalistiques?

Le guide des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada explique: «Lorsqu'il est question de révéler l'identité d'une personne qui est suspectée dans le cadre d'une enquête policière, mais qui n'est pas encore formellement accusée, nous nous demandons s'il est d'intérêt public de diffuser cette information tout en tenant compte des conséquences pour la réputation de cette personne. Dans l'appréciation du facteur d'intérêt public, nous tenons compte de l'importance de contribuer à la transparence de l'administration de la justice, notamment au moment de l'arrestation d'un suspect, de l'exécution d'un mandat de perquisition ou de toute autre procédure judiciaire. La décision de révéler l'identité d'un suspect à ce stade incombe au rédacteur en chef.»

Dans le livre Questions d'éthique, Paule Beaugrand-Champagne répond par l'affirmative à la question «Peut-on identifier une personne que la police soupçonne d'un crime, mais contre qui aucune accusation n'a encore été portée?». Elle précise toutefois qu'«identifier une personne soupçonnée d'un crime ne doit être fait qu'avec la plus grande prudence». «Si l'intérêt public commande d'identifier une personne soupçonnée d'un crime, il est absolument essentiel de préciser clairement qu'il s'agit d'un suspect contre lequel aucune accusation n'a été portée (…), explique-t-elle. Toute information reliant ce suspect au crime commis doit être présentée non pas comme un fait, mais comme une hypothèse (…) afin de protéger la présomption d'innocence prévue dans notre système judiciaire.»

Le guide des Droits et responsabilités de la presse du Conseil de presse fait référence aux lois et à Charte de droits et liberté qui garantissent la protection de la réputation des personnes et le droit à un procès juste et équitable. Il explique: «Dans sa couverture des affaires judiciaires, la presse, tout en assurant le droit à l'information sur les aspects d'intérêt public que peut présenter l'actualité en ces matières, doit éviter d’entraver le cours de la justice et de préjuger de l’issue d’une cause. La couverture médiatique des affaires judiciaires ne doit pas résulter de quelque manière en un «procès par les médias». Les médias et les professionnels de l’information doivent éviter toute atteinte à la présomption d’innocence. La presse doit également éviter de recourir à toute culpabilisation par association.»

Le magazine du Conseil de presse s'est penché sur la présomption d'innocence en interrogeant le chroniqueur Yves Boisvert de La Presse, et Me Michel Barrette, avocat de Claude Bilodeau faussement accusé d'agression sexuelle. Ils insistent notamment sur l'importance de faire un suivi des nouvelles judiciaires en prenant soin de rapporter qu'un suspect a finalement été innocenté, quand c'est le cas:

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