Par Michel Dumais

Le ministre de la Sécurité publique a demandé à la Sûreté du Québec d'ouvrir une enquête concernant «des allégations de divulgation d'informations confidentielles dans l'affaire de Ian Davidson». L'enquête portera précisément sur le coulage d'information dans les médias. Dans la communauté journalistique, c’est le branle-bas de combat. Pour se défendre, les journalistes doivent répliquer avec les outils technologiques qui sont à leur disposition pour garantir à leurs sources une confidentialité totale.

Par Michel Dumais

La Sûreté du Québec a confirmé mercredi après-midi que le ministre de la Sécurité publique lui a demandé de déclencher une enquête concernant «des allégations de divulgation d’informations confidentielles dans l’affaire de Ian Davidson».

Le corps policier a immédiatement accédé à la demande du ministre. Ce sont les enquêteurs du service des affaires internes de la direction des normes professionnelles qui feront enquête.

Le chef de la police de Montréal, Marc Parent, doit tenir un point de presse sous peu sur cette enquête de la SQ, qui concernerait spécifiquement le coulage d’information dans les médias.

Source: Cyberpresse, Vincent Larouche. Taupe au SPVM : la SQ fera enquête sur de possibles fuites

Dans la communauté journalistique, c’est le branle-bas de combat. Plusieurs, dont Daniel Leblanc, Marie-Maude Denis, Fabrice de Pierrebourg et Patrick Lagacé, réagissent avec virulence. De son côté, la FPJQ a publié un communiqué demandant «au ministre Dutil de garantir que les journalistes ne seront pas mis sous écoute».

Est-ce la première fois qu’une telle menace pèse au-dessus de la tête des scribes? Non. Mais aujourd’hui, avec les outils technologiques mis à leur disposition, il est plus «facile» aux différents corps policiers de possiblement en savoir plus sur les sources des journalistes.

Or, comme le disait Marie-Maude Denis (SRC) dans un micro-billet Twitter, «Souvent sources pour les infos sensibles n’ont pas d’intéret perso. Les médias sont dernier recours quand ca ne va pas.» En réponse à ce micro-billet, Daniel Leblanc (Globe and Mail) ajoutait dans deux micro-billets (1 et 2): «Quand un gouv demande à la police d’enquêter sur les fuites aux médias, c’est habituellement signe qu’il a de bien plus graves problèmes,» et «Peut-être que si gens parlent aux médias, c’est que tannés de voir des enquêtes aller nulle part et des dossiers trainer chez les procureurs».

Avec raison, Fabrice de Pierrebourg (La Presse) affirmait de son côté que «La protection de nos sources est un principe fondamental en démocratie.Qui a intérêt à faire peur aux sources des journalistes? #SQ #Quebec».

Donc, nous avons un ministre de la Sécurité Publique qui réclame une enquête, un corps policier, la SQ, qui acquiesce et des journalistes qui sont inquiets, avec raison, pour la protection de leurs sources.

La FPJQ aura beau «demander des assurances immédiates au ministre de la Sécurité Publique, Robert Dutil, que cette enquête ne devienne pas le prétexte à une partie de pêche dans les sources journalistiques», reste qu’une possible «intrusion technologique» des corps policiers est une réalité qu’il faut désormais prendre en considération.

J’ai toujours cru qu’une simple réponse technologique à un problème beaucoup plus complexe qu’est la question de la sécurité des communications et des protection des données et des sources dans l’univers des médias était simpliste, sinon inutile. Pourtant, aujourd’hui, j’estime que les journalistes doivent répliquer de front et publiquement avec les outils technologiques qui sont à leur disposition pour garantir à leurs sources une confidentialité totale.

Et le meilleur outil disponible en ce moment est sans contredit le logiciel de chiffrement PGP. Quid?

Pretty Good Privacy (en français : «Assez Bonne Intimité» ou «Assez Bonne Vie privée»), plus connu sous son acronyme PGP est un logiciel de chiffrement et de déchiffrement cryptographique, créé par l’américain Phil Zimmermann en 1991.

PGP garantit la confidentialité et l’authentification pour la communication des données. Il est souvent utilisé pour la signature de données, le chiffrement et le déchiffrement des textes, des e-mails, fichiers, répertoires et partitions de disque entier pour accroître la sécurité des communications par courriel. Utilisant la cryptographie asymétrique mais également la cryptographie symétrique, il fait partie des logiciels de cryptographie hybride.

Philip Zimmermann, son développeur, a mis PGP en téléchargement libre en 1991. Violant de façon subtile les restrictions à l’exportation pour les produits cryptographiques (il avait été placé sur un site web américain d’où il était possible de le télécharger depuis n’importe où), PGP a été très mal accueilli par le gouvernement américain, qui a ouvert une enquête en 1993 — abandonnée en 1996, sans donner de raison.

Zimmermann souligne qu’il a développé PGP dans un souci de droit à la vie privée et de progrès démocratique : «PGP donne aux gens le pouvoir de prendre en main leur intimité. Il y a un besoin social croissant pour cela. C’est pourquoi je l’ai créé.»

Source: Wikipedia, Pretty Good Privacy

Bref, un outil de chiffrement permet à la fois de protéger le contenu de son disque dur, mais aussi toutes les communications pouvant émaner d’une source. Quelques vieux cons qui, comme moi, naviguent sur les réseaux depuis des lunes, avaient bien vu le jour venir où PGP et le chiffrement seraient des enjeux pour les journalistes.

Le seul problème avec PGP et la plupart des produits de chiffrements? Une interface utilisateur qui, sauf dans certains cas, rebute bien des utilisateurs pourtant aguerris des technologies. On imagine donc ce qu’il en est avec de simples utilisateurs. Malgré tout, une fois la courbe d’apprentissage apprivoisée, les outils de chiffrement s’avèreront les «meilleurs amis» des journalistes qui veulent protéger à la fois le contenu de leurs ordinateurs et s’assurer de la confidentialité de leurs échanges courriels.

Certains diront que mettre entre les mains de personnes peu recommandables des outils de chiffrement puissants rendront difficiles, sinon impossible les enquêtes policières. Réponse de Zimmerman à ce sujet: «Si l’intimité est mise hors la loi, seuls les hors-la-lois auront une intimité. Les agences de renseignement ont accès à une bonne technologie cryptographique. De même les trafiquants d’armes et de drogue. Mais les gens ordinaires et les organisations politiques de base n’avaient pour la plupart pas eu accès à ces technologies cryptographiques de « qualité militaire » abordable. Jusqu’à présent.»

Les journalistes? Ils ont à leur disposition depuis fort longtemps des outils technologiques puissants qui garantiront à leur source la confidentialité. Sauf qu’ils ne connaissaient pas l’outil et qu’ils n’en voyaient pas l’utilité. Jusqu’à aujourd’hui. Le temps de la récréation et la naïveté est désormais terminée.

Cela dit, ne soyons pas naïfs: cela prendra un certain temps, pour ne pas dire un temps certain, pour que l’utilisation de PGP et des outils de chiffrement fassent leur place dans le coffre à outils des journalistes. Mais les journalistes d’enquête seraient inconséquents de ne pas s’y intéresser dès aujourd’hui. Car à terme, je ne serais pas surpris de voir certains journalistes publier sous leur profil de leur site web, leur clé publique permettant à un correspondant soucieux de son anonymat de leur adresser des messages chiffrés.

Découvrez comment fonctionne PGP.

Par la suite, une visite sur GnuPG s’impose. On y retrouve des versions à code source libre (OpenSource) et gratuites de PGP pour toutes les plateformes.

La société Symantec a de son côté, commercialisé des outils utilisant la technologie de chiffrement PGP. Mais à un prix fort.

 

 

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