Hier, l'ex-policier Ian Davidson, soupçonné d'être la taupe du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM), a été trouvé mort dans un hôtel de Laval. Les médias avaient auparavant révélé qu'il aurait tenté de vendre à la mafia la liste secrète des informateurs de la police. Alors que les enquêteurs passaient le lieu du drame au peigne fin, le porte-parole de la police, Ian Lafrenière, a déploré la médiatisation de l'affaire.

Hier, l'ex-policier Ian Davidson, soupçonné d'être la taupe du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM), a été trouvé mort dans un hôtel de Laval. Les médias avaient auparavant révélé qu'il aurait tenté de vendre à la mafia la liste secrète des informateurs de la police. Alors que les enquêteurs passaient le lieu du drame au peigne fin, le porte-parole de la police, Ian Lafrenière, a déploré la médiatisation de l'affaire.

«On aurait préféré que cette histoire ne sorte pas cette semaine. On avait besoin de temps pour l'enquête, pour pouvoir ultimement accuser quelqu'un. Vous comprendrez qu'aujourd'hui on se retrouve avec un échec», a-t-il déclaré en point de presse. «On espère recueillir des détails à notre niveau et pas que l'enquête se termine dans les médias. Le but ultime, pour la population et pour nous comme service de police, c'est que si des gens doivent être accusés, ça se fasse, et non pas de perdre la preuve et de faire en sorte que des gens puissent s'en sortir», a-t-il poursuivi. «Toutefois, selon plusieurs sources crédibles, la justice québécoise n'aurait probablement pas porté d'accusation criminelle», compte tenu de la sensibilité et de la confidentialité du dossier, révèle Le Journal de Montréal

Le SPVM soutient pourtant qu'il souhaitait boucler l'enquête avant qu'elle ne soit exposée sur la place publique, car les caméras risquent de nuire au travail policier. En novembre 2010, un an après le lancement de l'opération Marteau chargée d'enquêter sur les allégations de corruption dans le milieu de la construction, le président du syndicat des policiers de la Sûreté du Québec, Jean-Guy Dagenais, avait lui aussi dénoncé la médiatisation des enquêtes policières qui prive les enquêteurs de l'effet de surprise essentiel aux arrestations. Dans le cas de la taupe, le SPVM souhaitait également avoir le temps de mettre ses informateurs en sécurité.

La course au scoop

«Quand il y a des vies en danger, il faut être doublement prudent et prendre l'avis des personnes qui sont les plus au courant de l'enquête», a commenté l'ancien journaliste de La Presse André Cédillot, hier soir à l'émission 24 heures en 60 minutes à Radio-Canada. «Les policiers voulaient qu'on retarde la publication de quelques jours parce qu'il y avait des vies en danger. Est-ce que c'est vrai ou pas? On ne le sait pas, mais il faut se fier à l'informateur», a-t-il poursuivi. «Personnellement, je n'avais rien contre le fait d'attendre 48 heures, quelques heures, quelques jours, pour que les gens soient en sécurité», a répondu l'animateur de l'émission Enquête, Alain Gravel, assurant que, quand il a sorti l'information, les informateurs étaient hors de danger.

Selon Alain Gravel, il était peu probable que la police parvienne à empêcher les fuites sur une histoire de cette ampleur, il était donc évident qu'elle allait sortir. C'est pour quoi, après de longues discussions, Radio-Canada a décidé de rendre public le cas de la taupe, dès lundi, un mois après avoir reçu l'information. Preuve que les journalistes du réseau public n'étaient pas les seuls à tenir le scoop, TVA l'a sorti le même jour. La course à l'exclusivité était donc bel et bien engagée.

Depuis lundi, le dossier gonfle. Trois jours après les révélations de TVA et de Radio-Canada, La Presse a révélé mercredi le nom de l'ex-policier, ainsi que celui de l'avocat Claude Olivier et de son client Tony Mucci à qui Ian Davidson aurait tenté de vendre la fameuse liste. En l'absence d'accusations formelles, Radio-Canada et TVA avaient de leur côté caché les identités. Il s'agissait de protéger la présomption d'innocence, car «la couverture médiatique des affaires judiciaires ne doit pas résulter de quelque manière en un procès par les médias», stipule le Guide des Droits et Responsabilités de la presse.

Le risque de manipulation

Mais «qui avait intérêt à ce que cette histoire sorte rapidement avant même qu'il y ait des accusations?», a questionné l'animatrice de 24 heures en 60 minutes, Anne-Marie Dussault, abordant l'enjeu de la manipulation des journalistes. Pour André Cédillot, on peut soupçonner le crime organisé et le milieu judiciaire d'avoir intérêt à ce que les projecteurs soient braqués sur la taupe, mais aussi des avocats qui souhaiteraient voir ternir la réputation de la police. Alain Gravel se demande pour sa part si les révélations sur la taupe n'ont pas permis de torpiller des enquêtes plus sensibles et de compromettre des accusations de mafieux. Mais il conclut: «la mafia peut nous manipuler, mais les policiers aussi peuvent nous manipuler. Nous, on est au centre de toutes les manipulations du monde.»

En novembre 2010, inquiet des risques de manipulation, le criminologue Benoît Dupont de l'Université de Montréal se réjouissait justement du regain d'intérêt des journalistes pour le milieu policier. «Depuis la fin de la guerre des motards, les journalistes d'investigations au Québec se sont éloignés du monde policier et la connaissance du milieu s'est quelque peu perdu ce qui est embêtant, car c'est un monde très politique et très enclin au contrôle et à la manipulation de l'information», expliquait-il à ProjetJ. Selon lui, les enquêtes sur la corruption dans le milieu de la construction ont ramené les journalistes vers les affaires criminelles et «on assiste à une sorte d'émulation» qui ne peut que réussir aux médias, car «on a l'impression que les journalistes ont toujours un temps d'avance sur la police». 

 

Voir aussi:

Opération Marteau: les médias nuisent-ils à la police?

 

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