Après avoir consulté ses membres, l'Association Canadienne des Journalistes (ACJ) a décidé de s'opposer au nouveau modèle de régulation des médias québécois basé sur l'adoption d'un statut de journaliste professionnel que propose le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine. Le regroupement pancanadien déposera cette semaine un rapport en ce sens dans le cadre de la consultation publique en matière d'information et d'intérêt public qui débutera le 6 octobre.

 

Après avoir consulté ses membres, l'Association Canadienne des Journalistes (ACJ) a décidé de s'opposer au nouveau modèle de régulation des médias québécois basé sur l'adoption d'un statut de journaliste professionnel que propose le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine. Le regroupement pancanadien déposera cette semaine un rapport en ce sens dans le cadre de la consultation publique en matière d'information et d'intérêt public qui débutera le 6 octobre.

Suivant l'exemple de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) qui a demandé l'avis de ses membres au printemps, l'ACJ a consulté ses membres sur Internet entre le 9 et le 16 septembre. Une trentaine de ses 800 membres d'un océan à l'autre ont répondu à l'appel. La majorité a répondu négativement à la question «Êtes-vous en accord avec un titre professionnel tel que proposé par le gouvernement du Québec?».

«Après une longue discussion, le conseil de l'ACJ a déterminé avoir de fortes préoccupations à l'égard du modèle de régulation des médias proposé dans le Québec et ne soutient pas la définition gouvernementale de ce qui est et n'est pas un journaliste», explique le président de l'association, Hugo Rodrigues. Il précise néanmoins qu'il y a un intérêt pour l'idée d'un titre professionnel chez quelques journalistes. De fait, l'ACJ poursuivra sa réflexion à ce sujet, car, bien qu'il s'agisse d'un dossier québécois pour le moment, il aura des répercussions partout au pays si Québec adopte une Loi.

Sous l'impulsion de son chapitre montréalais qui souhaitait réagir au Rapport Payette, l'ACJ a formé en mai un comité pour réfléchir à l'éventualité d'un titre professionnel. L'association suivait ainsi les traces de la FPJQ qui a mené une vaste opération de sensibilisation auprès de ses membres en les appelant à s'informer et à débattre dès l'automne dernier. Elle les a sondés il y a un an et a consacré une bonne partie de son congrès annuel, en novembre, au titre professionnel. Elle a ensuite soumis une proposition concertée au vote en avril. 852 de ses 1694 membres professionnels se sont alors prononcés et 86,8% ont signifié leur appui à la création d’un titre de journaliste professionnel.

Le spectre de l'ingérence de l'État

Cet appui très clair a presque fait oublier que l'éventualité d'un titre professionnel a historiquement fait lever le poil des journalistes québécois et que la FPJQ avait subi un vibrant revers en tentant de l'introduire il y a presque dix ans. En 2002, elle avait élaboré un projet de loi sur le titre professionnel qu'elle souhaitait soumettre au vote lors de son congrès annuel. Mais elle avait reculé face à l'opposition tonitruante de personnalités fortes de la profession, dont Jean Dussault et Michel C.Auger.

La principale crainte de Jean Dussault et Michel C.Auger était qu'un titre professionnel soumette la profession à l'ingérence de l'État. Une crainte relayée par le vice-président du chapitre montréalais de l'ACJ, Beryl Wajsman, qui s'est plusieurs fois opposé publiquement à toute régulation des médias. Pour lui, «la pierre d'assise d'une société libre est une presse dérégulée». Ainsi, dès janvier, sans avoir consulter ses membres, il a qualifiant le Rapport Payette d'«affront à la liberté d'expression» et a appelé à son «rejet retentissant».

Le modèle de régulation qui doit être discuté lors de la consultation publique que mènera le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine dans les prochaines semaines repose cependant sur l'autorégulation. Le Rapport Payette, qui a insufflé le modèle retenu par la ministre Christine Saint-Pierre, précise en effet que «l'État doit se reconnaître incompétent pour régir l'exercice du journalisme professionnel et confier aux seules organisations représentatives des journalistes professionnels québécois le soin de définir les conditions de l'octroi du titre, les normes déontologiques qui régissent l'exercice de la fonction et les sanctions pouvant découler des manquements à ces règles».

 

Voir aussi:

L'ACJ se déchire autour du Rapport Payette

Québec lance une consultation pubique sur l'info

Référendum sur le titre professionnel: le oui l'emporte

 

 

 

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