Le Syndicat des travailleurs de l'information du Droit (STID), un quotidien du groupe Gesca, s'oppose à la création d'un titre de journaliste professionnel (JP). Pour le STID, un tel statut responsabiliserait uniquement les journalistes sans régler les problèmes fondamentaux qui affectent la qualité de l'information.

Le Syndicat des travailleurs de l'information du Droit (STID), un quotidien du groupe Gesca, s'oppose à la création d'un titre de journaliste professionnel (JP). Pour le STID, un tel statut responsabiliserait uniquement les journalistes sans régler les problèmes fondamentaux qui affectent la qualité de l'information.

C'est la position qu'a défendue le président du syndicat, Paul Gaboury, dans le mémoire qu'il a adressé à  la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre en vue de son passage à Gatineau dans le cadre sa consultation publique «Pour une information au service de l'intérêt public», le 24 octobre. Au cours de ce forum, la ministre invite le public à se prononcer sur la mise en place d'un nouveau modèle de régulation des médias – via la création d'un statut de JP et le renforcement du Conseil de presse du Québec – et sur le soutien à la diversité des voix. Selon le syndicat, ces propositions «passent à côté des vrais problèmes», soit l'impact de la concentration et de la convergence sur le droit du public à une information de qualité et diversifiée.

«En mettant encore davantage de pression sur les journalistes en créant un statut de journaliste professionnel, on évite de s'adresser aux problèmes concernant les entreprises de presse qui ne semblent pas faire partie du problème puisque vous les écartez dans vos solutions. (…) Avant d'imposer un statut de journaliste professionnel, il faudrait s'assurer que l'environnement dans lequel les artisans de l'information travaillent quotidiennement leur permette de respecter les règles déontologiques qu'on veut leur imposer», peut-on lire dans le mémoire du STID.

«À divers degrés, les journalistes se plaignent de plus en plus de subir des pressions pour écrire des textes dont les sujets sont directement ou indirectement liés à des intérêts commerciaux et à la vente de publicité», poursuit le syndicat. Il souligne qu'il s'agit d'«une tendance lourde», mais estime que «le journaliste, fut-il protégé par un quelconque statut reconnu par la FPJQ, n'en serait pas davantage protégé des pressions des publicitaires via des patrons moins vertueux». Il note à ce titre que, d'ores et déjà, dans la presse quotidienne, «les journalistes sont appuyés par leurs syndicats et des conventions collectives assez claires quant à l'intrusion des contenus publicitaires».

Quant «au phénomène de journalistes-bidon à la déontologie douteuse dont le travail vite fait, mal fait viendrait entacher la crédibilité des informations» qu'un titre de JP aiderait à combattre selon ses partisans, le STID estime «qu'à bien des égards, cela renforcit le travail généralement honnête et probe des journalistes professionnels». Selon lui, ce n'est pas un titre qui protégera l'information, le public et le journalisme des «journalistes-bidon», mais les bonnes pratiques journalistes et un Conseil de presse ayant les moyens d'appuyer les artisans de l'information afin que soit respecté l'intérêt public.

Par ailleurs, au plan légal et pratique, le STID estime qu'il serait de toute façon difficile d'appliquer un titre de JP au contexte particulier du quotidien Le Droit. L'entreprise est en effet basée à Ottawa, en Ontario, mais appartient à des intérêts québécois. De plus, elle embauche des journalistes qui ne sont pas tous québécois et s'adresse à un public qui n'est pas uniquement québécois, mais aussi franco-ontarien.

Les journalistes syndiqués du Droit s'opposent ainsi à la recommandation première du Rapport Payette qui a inspiré la consultation publique, mais aussi à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) qui milite activement pour la création d'un titre de JP. La fédération souhaite même être la structure à qui incomberait la gestion d'un titre de JP et s'oppose vigoureusement à la création d'une structure qui lui serait indépendante. Elle a fait de nombreuses représentations en ce sens à plusieurs escales de la consultation publique ce qui n'est pas sans faire sourciller la ministre St-Pierre qui s'est plainte de «l'attitude de fermeture de la FPJQ», lors des audiences à Québec le 21 octobre. Le STID a rompu les ponts avec la FPJQ en 2009, «pour diverses raisons surtout de nature économique».

Mise à jour 7/11/11: La direction du Droit est elle aussi opposée à l'implantation d'un titre de JP. «Nous reconnaissons qu'il est louable de vouloir des journalistes toujours plus rigoureux et professionnels dans leur travail mais nous ne croyons pas qu'une intervention législative soit appropriée. Au contraire, nous estimons que le métier de journaliste doit être le plus possible affranchi de toute ingérence possible du pouvoir législatif dans un environnement démocratique. (…) En outre, nous croyons qu'un éventuel statut de professionnel ne rendra pas celui ou celle qui le détient nécessairement plus professionnel», indique le journal dans le mémoire qu'il a présenté à la ministre. 

 

Voir aussi:

Québec lance une consultation publique sur l'info

 

 

 

 

 

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