Le reporter de guerre français Gilles Jacquier a été tué aujourd'hui à Homs, en Syrie, au cours d'un affrontement qui a fait huit morts et plusieurs blessés dans ce haut lieu de la contestation du régime de Bachar-el-assad.

Le reporter de guerre français Gilles Jacquier a été tué aujourd'hui à Homs, en Syrie, au cours d'un affrontement qui a fait huit morts et plusieurs blessés dans ce haut lieu de la contestation du régime de Bachar-el-assad.

Deux groupes de journalistes étrangers étaient présents à Homs au moment de l'attaque, selon Le Figaro. Le premier, escorté par le ministère de l'Information syrien, comptait des reporters de la BBC, de CNN, de CBS et de l'AFP. Le second escorté par une religieuse libanaise était composé de Gilles Jacquier et de son collègue Christophe Kenck, de reporters belges, suisses, libanais et syrien. Christophe Kenck s'en est sorti indemne, tandis que le photographe Steven Visner aurait été blessé à l'oeil, rapporte Reporters Sans Frontières (RSF).

À l'emploi de France 2 depuis 1999, Gilles Jacquier devait rapporter de Homs un reportage pour l'émission Envoyé Spécial. Habitué des zones de guerre, il a été témoin des conflits des vingt dernières années, en Irak, au Kosovo, en Afghanistan, en Israël, en Algérie, en Côte d'Ivoire et ailleurs. Blessé par balle en Palestine en 2003, il ne renonce pas et remporte la même année le prix Albert-Londres pour son travail durant la deuxième Intifada. En 2009, son travail est à nouveau récompensé par le grand prix Jean-Louis Calderon dans la catégorie vidéo.

La rédaction de France 2 est en deuil. «Pas envie de faire des phrases, on est tous sous le choc, mais juste de dire: Gilles Jacquier était un GRAND reporter et un chouette collègue», a confié le rédacteur en chef adjoint, Olivier Siou, sur Twitter. «Gilles était un des meilleurs de France 2, un homme hors norme, on est tous sous le choc, il va beaucoup, beaucoup nous manquer», a déclaré pour sa part le directeur de l'information de la chaîne, Thierry Thuillier.

Gilles Jacquier est le premier journaliste occidental tué en Syrie depuis le début de l'insurrection en mars 2011 qui a coûté la vie à un reporter syrien et deux journalistes-citoyens. Blessé par une balle reçue en pleine tête le 30 décembre, le journaliste Shoukri Ahmed Ratib Abu Bourghoul a succombé à ses blessures, le 2 janvier. Le journaliste-citoyen Basil Al-Sayed a été tué à Homs le 29 décembre par les forces de sécurité, alors qu’il filmait un bain de sang dans le quartier de Bab Amr. Le photographe et vidéaste amateur Ferzat Jarban a lui aussi été tué à Homs, le 20 novembre.

En 2010, le printemps arabe a emporté onze professionnels des médias. Les principales victimes sont des journalistes locaux, mais les étrangers ne sont pas épargnés, comme l'a montré le décès des photographes Tim Hetherington et Chris Hondros en Libye, en avril. En Syrie, le bilan risque de «s’alourdir du fait de la totale intransigeance du régime», craint RSF.

L'organisation appelle néanmoins à la poursuite du travail journalistique. «Malgré ces drames, les journalistes doivent continuer à se déplacer, et sont tout à fait disposés à la faire, a déclaré le directeur adjoint de RSF, Olivier Basille, au Nouvel Observateur. Dans ce genre de conflit, la publication d'image est primordiale, elle permet notamment l'analyse. Le rôle de personnes comme Gilles Jacquier est essentiel.  C'est lorsque des carences dans la couverture des événements se font sentir que des zones d'ombres apparaissent.» 

 

Voir aussi:

Libye: deux photoreporters tués, deux autres blessés

 

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