On l’attendait depuis l’automne mais la longue négociation que mène le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) dans le but de renouveler une convention collective échue depuis plus de quinze mois aura retardé sa parution. Le syndicat et les amis de Radio-Canada dévoilent finalement aujourd’hui leur livre blanc sur l’avenir du diffuseur public, moins de trois semaines après l’annonce de compressions qui laisseront plus de 650 salariés sur le carreau.

On l’attendait depuis l’automne mais la longue négociation que mène le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) dans le but de renouveler une convention collective échue depuis plus de quinze mois aura retardé sa parution. Le syndicat et les amis de Radio-Canada dévoilent finalement aujourd’hui leur livre blanc sur l’avenir du diffuseur public, moins de trois semaines après l’annonce de compressions qui laisseront plus de 650 salariés sur le carreau.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Avec cette troisième vague de compressions en cinq ans, le diffuseur public canadien aura perdu au terme de ce nouveau plan de licenciements, pas moins de deux mille salariés, soit presqu’un cinquième d’entre eux.

Si les Amis de Radio-Canada et le SCRC, syndicat qui représente le Québec et Moncton au Nouveau-Brunswick, n’avaient pas attendu cette dernière annonce pour se poser la question de l’avenir du service public audiovisuel dans un contexte de réduction budgétaire et alors que plusieurs membres du caucus conservateurs au pouvoir à Ottawa se questionnent ouvertement sur la pertinence de le préserver, la publication de ce livre blanc, maintes fois repoussée, arrive à point nommé.

L’objectif, ouvrir le débat avec les téléspectateurs, avec les Canadiens et les Canadiennes, seuls propriétaires du radiodiffuseur public, rappelle plusieurs fois dans le document Alex Levasseur, président du syndicat et auteur du livre blanc.

29 dollars par Canadien

Un livre blanc qui s’ouvre comme une charge contre le gouvernement de Stephen Harper, accusé de ne pas financer le service public à la hauteur de sa mission et de ses ambitions.

«Sauf peut-être le gouvernement conservateur, à peu près personne ne remet en cause la propriété collective de la partie essentielle des grands outils audiovisuels de communication, écrit en préface Michel Nadeau, Directeur général de l’Institut sur la gouvernance des organismes privés et publics et ancien journaliste. Si les véhicules de transmission de l’information changent, l’enjeu stratégique de la bataille demeure la salle de rédaction et le choix de la grille de programmation. Beaucoup du contenant peut être externalisé, mais pas le cœur du contenu!»

Le financement, le nerf de cette guerre, alors que chaque Canadien ne paie plus de 29 dollars pour avoir droit à son audiovisuel public, quand la moyenne pour les pays de l’OCDE se situe à 87 dollars. Les Norvégiens ouvrent quant à eux la marche avec 164 dollars per capita, suivis des Suisses et des Allemands, respectivement 155 et 147 dollars. En queue de peloton, les deux seuls à en faire encore moins que les Canadiens sont les Néo-Zélandais avec 27 dollars par tête et les États-uniens avec un petit 4 dollars.

«Comment peut-on prétendre avoir un diffuseur public qui réponde à des critères de qualité très hauts en attribuant 29$ per capita, questionnait Alex Levasseur dans une entrevue accordée à ProjetJ  au moment de l’annonce des dernières coupures. Pire, on est maintenant, avec la troisième vague de compressions budgétaires, très près d’un financement privé à 50%. On devient une société d’État qui se finance presque pour moitié en dehors des deniers publics. Ce qui veut dire plus de publicité, on l’a vu avec l’arrivée des annonces à la radio l’an dernier. Donc plus de dépendance vis-à-vis du marché.»

Revoir la gouvernance

Pour mettre ce document au point, les auteurs sont allés voir comment ça se passe dans d’autres pays, à savoir aux États-Unis, en France, en Allemagne en Grande-Bretagne et en Nouvelle-Zélande, afin d’en rapporter les meilleures pratiques.

Ainsi, au-delà du faible financement public, le fait que celui-ci fasse partie du budget et soit donc tributaire du bon vouloir du cabinet pose, selon Alex Levasseur, un réel problème. Et de souligner les avantages d’un système de redevances à l’européenne.

«La plupart des pays européens ont développé un moyen indirect de financer leur diffuseur sans donner l’impression de le diriger, écrit-il. Ils ont mis en place un droit de licence prélevé sur chaque ménage en tenant compte, ou non, du nombre de postes récepteurs radio, télé, internet. Cette redevance est fixée par le gouvernement, prélevée par celui-ci et versée aux diffuseurs.»

Trop de pouvoirs laissés au parti au gouvernement concernant le financement de Radio-Canada, donc. Trop également en ce qui concerne la nomination des hauts dirigeants, à en croire le président du syndicat.

«Ça fait partie de la discussion que vous souhaitons avoir avec les Canadiens et les Canadiennes, explique-t-il. Qui doit donner des mandats a Radio-Canada? Qui doit vérifier que ces mandats sont bel et bien exécutés? Qui doit nommer les hautes instances de Radio-Canada et de quelle manière? Aux États-Unis par exemple, les juges de la Cour suprême, lorsqu’ils sont proposés, se rendent devant un comité de la chambre du parlement et passent une sorte d’entretien, répondent à des questions embarrassantes en public, mettent leurs tripes sur la table. Et c’est diffusé! Ici, non, ça passe dans le bureau caché du Premier ministre, qui décide que, un  jour, c’est Hubert T. Lacroix qui va diriger Radio-Canada, un autre que c’est Rémi Racine qui va être le président du Conseil d’Administration. Il n’y a pas de mandat d’ordre public. Nous, on pense que la gouvernance est en danger actuellement et que si on ne fait rien, c’est toute l’institution qui va devenir à risque.»

Pour une véritable indépendance

Cette façon de faire des nominations rendrait, selon le syndicat, le service public très dépendant du bon vouloir du parlement, ce qui, d’autant plus lorsque le parti au pouvoir est majoritaire, a forcément un impact sur l’indépendance de la salle des nouvelles.

Cette publication questionne ainsi le rôle que doit jouer Radio-Canada dans les prochaines années, et va même jusqu’à se demander si le diffuseur public devrait purement et simplement disparaitre.

«Car quelle pertinence? Pourquoi les Canadiens et les Canadiennes devraient-ils payer, ne serait-ce que 29 dollars, pour avoir les mêmes programmes que ce que leur proposent les diffuseurs privés, demande Alex Levasseur, un brin provocateur. Ce que nous souhaitons demander à la population, c’est ce que doit être une programmation de Radio-Canada pour être distinctive? Or, plus nous serons dépendant du marché et moins nous parviendrons à préserver une identité particulière.»

Dans les prochains mois, les Amis de Radio-Canada et le SCRC tiendront des forums afin de lancer le débat. L’objectif: que toute la société se l’approprie, y réfléchisse et apporte des réponses.

Le Livre blanc sur l’avenir de Radio-Canada est en téléchargement sur le site des Amis de Radio-Canada.

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