Avec son nouveau logo affiché pleine page à la une ce matin à Montréal comme à Québec, le nouveau Journal ne passe pas inaperçu. Préparé dans le plus grand secret et annoncé depuis quelques jours par petites touches d’autopromotion, il débarque avec une grosse campagne publicitaire et un nouveau slogan: «le journal qu’on aime lire».

Avec son nouveau logo affiché pleine page à la une ce matin à Montréal comme à Québec, le nouveau Journal ne passe pas inaperçu. Préparé dans le plus grand secret et annoncé depuis quelques jours par petites touches d’autopromotion, il débarque avec une grosse campagne publicitaire et un nouveau slogan: «le journal qu’on aime lire».

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Les chiffres de l’an dernier n’ont pas été très bons pour le Journal de Montréal. Selon le sondage Nadbank, si le quotidien reste, et de loin, le journal le plus lu dans la métropole, avec 534 200 lecteurs en moyenne chaque jour de la semaine, il a cependant subi une perte de 10,6%, quand dans le même temps son principal concurrent, La Presse, enregistrait une augmentation de 6,7%.

Des chiffres d’autant plus inquiétants que si l’on regarde non plus uniquement les exemplaires papier, mais aussi le trafic sur les plateformes numériques, la chute du lectorat du JDM est certes moindre, à 3,7%, mais La Presse, elle, s’octroie une augmentation de 28%, dépassant ainsi le Journal dans cette catégorie… alors même que son application pour tablette, La Presse+, était encore dans les cartons.

Cette nouvelle mouture du Journal viendrait-elle en réponse à ces mauvais chiffres?

«Les chiffres du Journal de Québec ne sont pas aussi mauvais, note Daniel Giroux, secrétaire général du Centre d’études sur les médias (CEM) de l’Université Laval, et il domine encore le marché. Toutefois, le lectorat baisse lui aussi en 2012 par rapport 2011, comme celui du Soleil du reste, mais de manière plus rapide. Sans doute que cette nouvelle formule découle de cette érosion du lectorat. Mais il me semble cependant que la perte de terrain des deux Journaux est surtout dû à la faible présence sur le web.»

Le papier d’abord

Or, si dans leurs éditoriaux, le JDM et le JDQ annoncent aussi de gros bouleversements sur internet, force est de constater que ce matin, les sites ne sont pas très différents de ce qu’ils étaient hier.

«Bien que nous pensons que l’information distribuée sur les plateformes numériques continuera à se développer, nous croyons encore fermement à l’importance des journaux papier, écrit d’ailleurs Lyne Robitaille, présidente et éditrice du Journal de Montréal, en éditorial de ce premier nouveau numéro. Nos lecteurs, que nous avons beaucoup consultés ces derniers mois, témoignent d’ailleurs de leur attachement à leur journal papier.»

Le changement passe d’abord par une refonte totale de la charte graphique et notamment de son logo: quatre mots dans quatre blocs graphiques qui s’unissent, représentant les quatre plateformes sur lesquelles le Journal est aujourd’hui distribué: papier, ordinateurs, tablettes et téléphones intelligents.

Simplicité et facilité

Maîtres-mots, la simplification et la facilité, martèlent dans une colonne commune Dany Doucet, rédacteur en chef et Benoit Dussault, directeur artistique, les deux grands artisans du changement au Journal d Montréal.

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«Tous nos efforts ont pour objectif d’améliorer la facilité de lecture et la compréhension, écrivent-ils. Nous avons grossi les caractères pour les rendre encore plus faciles à lire. Nous avons également changé la police ainsi que l’espace entre les lignes. Nous avons aussi modifié et simplifié notre structure des titres pour rendre les sujets traités plus faciles à comprendre d’un seul coup d’œil.»

Autres nouveautés, un cahier central détachable style magazine prénommé «JM» et qu’il faut lire «j’aime». Et une nouvelle section monde quotidienne. Le groupe Québecor souhaite se placer ainsi en spécialiste de l’information internationale après que LCN a lancé à la rentrée 30 sur le radar, émission d’actualité monde animée chaque soir par François Bugingo et Richard Latendresse, ceux-là même qui partageront une chronique dans le Journal de Montréal avec Loïc Tassé.

35 nouveaux chroniqueurs

Ainsi, la chronique est sans doute la grande gagnante de ce remaniement.

«Nous avons ajouté plusieurs nouveaux chroniqueurs que vous pourrez lire aussi bien sur papier que sur nos plateformes numériques, écrivent de concert Dany Doucet et Benoit Dussault. Ils viennent compléter notre équipe réputée et déjà bien établie. Aucun autre quotidien n’offre autant de chroniqueurs renommés aux allégeances aussi diversifiées.»

Pas moins de trente-cinq chroniqueurs et/ou blogueurs rejoignent ainsi l’écurie du JDM. Des journalistes comme Josée Legault ou Marie-Claude Ducas, des militantes comme Martine Desjardins ou Laure Waridel, des artistes, professeurs, chercheurs, juristes, mais surtout nombre d’ex hommes et femmes politiques: Line Beauchamp, Benoît Bouchard, Jacques Brassard, Louise Beaudoin et même Jean Charest, pour ne citer que quelques-uns des chroniqueurs invités qui viendront s’exprimer de temps à autre dans les pages Opinions.

Moins de nouvelles?

«Reste à savoir ce que signifie chroniqueur invité, questionne Daniel Giroux. Est-ce qu’ils seront appelés à intervenir sur des dossiers précis, est-ce qu’ils écriront régulièrement? J’attends de voir car aujourd’hui en tout cas, dans les pages du Journal de Québec, je ne vois pas de grands changements à ce niveau-là.»

Quant à savoir si plus de chronique signifie moins de nouvelles et moins de place pour les journalistes? Le JDM semble vouloir répondre par la négative en publiant ce matin une enquête exclusive, sur le trafic des diamants sales dans le milieu du crime organisé, enquête menée par son bureau d’investigation.

«C’est cependant une tendance prise au Journal depuis plusieurs années, tant à Québec qu’à Montréal, que de fournir du contenu exclusif sous forme d’opinion. On continue dans la même lignée. Tout comme on continue à provoquer le lecteur dans les titres d’ailleurs. Au final, avec ce premier numéro, j’entrevois plus une volonté de consolider les bases plutôt qu’un véritablement désir de changement. Mais je vais toutefois attendre quelques jours encore pour me prononcer définitivement.»

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