Cinq journalistes et photographes du McGill Daily et du Link de l'Université Concordia ont été arrêtés pendant une manifestation la nuit dernière, lors d'une arrestation de groupe. Ils doivent leur libération à la gestionnaire de communauté du SPVM qui a intercepté leur appel à l'aide sur Twitter. N'ayant pas de carte de presse, ils n'ont pu prouver aux policiers sur le terrain qu'ils étaient journalistes étudiants.

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Mise à jour 18/05/12:  À Concordia, les étudiants en journalisme peuvent demander une carte de presse au directeur de leur département. Marquée du sceau de l'université, elle démontre que son détenteur fait parti du programme de journalisme.

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Cinq journalistes et photographes du McGill Daily et du Link de l'Université Concordia ont été arrêtés pendant une manifestation la nuit dernière, lors d'une arrestation de groupe. Ils doivent leur libération à la gestionnaire de communauté du SPVM qui a intercepté leur appel à l'aide sur Twitter, rapporte le blogueur Dominic Arpin. N'ayant pas de carte de presse, ils n'ont pu prouver aux policiers sur le terrain qu'ils étaient journalistes étudiants.

Bien qu'elles comptent de nombreux membres sur les bancs de l'école, les différentes associations de journalistes ne délivrent pas de carte de presse aux étudiants. Ils peuvent devenir membres de ces associations à moindres coûts et avoir accès à leur gamme de services (conférences, ateliers, congrès, concours, rabais, etc.), mais ils n'y sont pas considérés comme des journalistes à part entière puisqu'ils ne vivent pas du métier.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) les regroupe sous l'appellation «membres associés», au même titre que les professeurs de journalisme, les bénévoles de médias communautaires et les retraités. Elle ne leur délivre pas une carte de presse, mais une carte sans photo comportant leur nom, le titre d'«étudiant en journalisme» et le nom de leur institution d'enseignement (modèle en image). Comme les professionnels, ils doivent s'engager à respecter le code de déontologie de la fédération.

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L'Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) délivre aussi une carte de presse à ses membres professionnels (ceux qui tirent la moitié de leurs revenus annuels de la pige) et une carte de membre aux étudiants, aux bénévoles et autres membres associés (professeurs, retraités, etc.). Comme ceux de la FPJQ, tous les membres de l'AJIQ s'engagent à respecter un code de pratique.

La Fédération nationale des communications (FNC-CSN) distribue, elle, la carte de presse internationale. Délivrée par la Fédération internationale des journalistes (FIJ), cette carte est particulièrement utile pour les reporters qui se rendent à l'étranger, car elle est reconnue dans le monde entier. Les journalistes étudiants n'y ont cependant pas accès puisqu'elle n'est délivrée au Canada qu'aux professionnels de l'information membres d'un syndicat de journalistes affilié à la FNC ou de l'AJIQ.

Pour sa part, l'Association canadienne des journalistes (ACJ) ne délivre actuellement aucune carte, ni aux professionnels, ni aux étudiants. Elle travaille actuellement à ré-établir une carte qui sera disponible dans les prochains mois. Il s'agira toutefois d'une carte de membre unique pour tous et non d'une carte de presse officielle.

Un statut de plus en plus flou

L'automne dernier, l'identification par une carte de presse avait également été problématique à New York lors des rassemblements d'Occupy Wall Street. Devant le grand nombre d'acteurs du mouvement produisant eux-mêmes de l'information, le Département de la police de New York (NYPD) avait émis ses propres cartes de presse. Les journalistes devaient en faire la demande directement au service de police qui les octroyait selon ses propres critères. La police de Los Angeles (LAPD) émet elle aussi une carte de presse selon ses propres critères.

Il faut dire que devant la forte présence de journalistes non professionnels et de journalistes engagés, le statut de journaliste est de plus en plus flou. Lors d'Occupy Wall Street, la journaliste Kristen Gwynne d'Alternet a expliqué ne pas avoir tenté d'être relâchée à titre de journaliste, lorsqu'elle a été arrêtée avec les indignés sur le pont de Brooklyn, car elle est sympathique à la cause et souhaitait témoigner du traitement des manifestants en détention.

À Montréal, le cas de l'équipe de CUTV, qui est ouvertement en faveur du mouvement étudiant, est similaire. Dans ce contexte, il y a trois semaines, le journaliste Marco Bélair-Cirino du Devoir s'est vu dire par un policier lors d'une manifestation étudiante que sa carte de presse «ne vaut plus rien». Le SPVM ne suit cependant pas les traces du NYPD ou du LAPD (la demande d'information de ProjetJ au SPVM à ce sujet est pour le moment sans suite). (Photo prise à New York le 17 septembre 2011 par David Shankbone)

L'organisation Reporters sans frontières, qui ne délivre pas elle-même de carte de presse, s'était insurgée du filtrage imposé par le NYPD l'automne dernier. «De telles restrictions donnent argument pour bloquer des informations d’intérêt public, qu’elles soient produites par les acteurs eux-mêmes ou par des professionnels qui ne font que leur métier», avait-elle déclaré.

Mais, la professeure Judith Matloff de l'Université Columbia, spécialiste des zones de conflits et des manifestations à risque, estime qui si une carte validée par la police peut permettre aux reporters de ne pas être violentés ou arrêtés, il faut s'y résigner. Elle recommande que les rédactions et les associations de journalistes rencontrent ensemble les autorités policières pour discuter de la validité de la carte de presse la plus largement utilisée. Pour elle, la priorité doit demeurer la liberté d'action et la sécurité des journalistes sur le terrain.

Le Rapport Payette déposé en janvier 2011 avait recommandé au gouvernement l'adoption d'une Loi sur le statut des journalistes professionnels (JP) du Québec. Associé au respect d'un code d'éthique et de déontologie et assorti d'une carte de presse, ce statut devait notamment permettre de différencier les journalistes de métiers des autres communicateurs. Portée par la FPJQ depuis de nombreuses années, cette idée a finalement abouti dans un cul-de-sac à défaut d'un consensus entre les organismes du milieu quant au mode d'attribution et de gestion du titre de JP.