Il y a une semaine, Wikileaks mettait une nouvelle fois l'armée américaine dans l'embarras en publiant une foule de documents secrets prouvant qu'elle a fermé les yeux sur les bavures en Irak. Pour certains, le succès de cette vaste opération est le signe d'un déclin des médias traditionnels.

Il y a une semaine, Wikileaks mettait une nouvelle fois l'armée américaine dans l'embarras en publiant une foule de documents secrets prouvant qu'elle a fermé les yeux sur les bavures en Irak. Derrière cette vaste opération, le fondateur du site, Julian Assange, est désormais surnommé le «James Bond du journalisme» et, pour certains, son succès est le signe d'un déclin des médias traditionnels.

Du rôle de sous-traitant des faits

La blogueuse Flore Vasseur, de Marianne2, écrit par exemple que «si l’affaire Wikileaks est intéressante, c’est d’abord parce qu’elle s’inscrit dans un contexte de journalisme en déroute, coincé entre le dictat de la rentabilité et de l’allégeance au pouvoir».

S'il est plus modéré, le cofondateur de Rue89, Pierre Haski, estime lui aussi que Wikileaks est un empêcheur de dormir en rond signe de l'affaiblissement des médias. Pour lui, Julian Assange bouscule les gouvernements, mais aussi les médias qui ne sont plus les producteurs de fuites, mais des «sous-traitants d'un franc-tireur qui les mène par le bout du nez», écrit-il. Wikileaks se sert en effet des médias traditionnels pour vérifier et diffuser les documents qu'il recueille.

Dans le cas de son dernier coup d'éclat, le site a collaboré avec les ingénieurs du site d'information français Owni afin de construire la plateforme qui recense les 391 831 rapports militaires. Plateforme qu'il a permis aux quotidiens Le Monde, The Guardian, Spiegel, ainsi qu'au Bureau of Investigative Journalism, de consulter en avant-première pour qu'ils absorbent, mettent en contexte et diffusent l'information.

à celui de cuisinier de l'information

Ce partenariat entre Wikileaks et des publications établies prouve justement que le traitement journalistique est indispensable, juge l'analyste François Brousseau, qui scrute l'actualité internationale à la radio de Radio-Canada. «Wikileaks ne vient pas invalider le rôle des journalistes. Notre travail ne se résume pas à sortir des documents bruts, il est bien plus de les mettre en contexte, car même s'ils sont authentiques, ces documents ne donnent qu'une vérité parcellaire», explique-t-il.

Allant dans le même sens, le professeur Stéphane Roussel, spécialiste des politiques de Défense à l’Université du Québec à Montréal, estime que face à la multiplication des sources d'informations le public a besoin des journalistes pour comprendre. «Essayer de comprendre la guerre d'Irak en se fiant uniquement à ses documents bruts c'est comme tenter de comprendre une forêt en étudiant la racine d'un seul arbre», estime-t-il, soulignant que «ce n'est pas parce qu'on a plus d'information qu'on est mieux informer».

Il fait un parallèle entre les possibilités de diffusion d'information qu'offre Internet et les premières photographies de guerre. Comme les images, ces documents militaires recueillis par Wikileaks sont pour lui des empreintes du réel qui viennent soutenir l'information véhiculée par les textes journalistiques. Ils ne supplantent pas le travail journalistique, mais «viennent confirmer et donner des détails sur des choses qu'on soupçonnait déjà», dit-il.

Et le gagnant est: le public!

Quant à la question que pose Flore Vasseur, «au jeu du tout transparent, la démocratie est-elle forcément gagnante?», le politologue répond sans ambages: oui, en brandissant l'embarras des autorités face à Wikileaks.

Comme l'écrit Pierre Haski, «les gouvernements sont agacés, et embarrassés par [cet activiste numérique] qu'ils ne maîtrisent pas, voire qu'ils ne comprennent pas». Or, «l'Histoire a démontré qu'enlever le contrôle de l'information des mains du pouvoir, dans ce cas l'armée, sert la démocratie», conclut Stéphane Roussel.

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